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Sexualité féminine : le sujet qui fâche

Documentaire diffusé le 11 février 2015 à 17h00 sur France-Culture, émission Sur les Docks

février 2015, par Claudine Legardinier

Auteure d’un précédent documentaire Pelos, histoires de cheveux [1], Frédérique Pollet-Rouyer revient avec un sujet explosif : La sexualité des femmes : de la femme-objet aux femmes qui se libèrent. Témoignages de femmes, lectures, propos de sexologues, de psychologues et de militantes féministes montrent la toute puissance d’un modèle unique de sexualité – au masculin – et la longue route restant à parcourir pour que les femmes aient, elles aussi, vraiment accès au désir et au plaisir. Un sujet délicat dont il n’est pas exagéré de dire qu’il revêt une véritable dimension politique.

Cinquante ans après la « libération sexuelle » et dans une société gorgée de représentations du sexe et de la sexualité, beaucoup de petites filles en sont encore à dire qu’elles n’ont rien. Elles sont capables de dessiner un pénis (en érection…) mais pas leur propre sexe qu’elles ne connaissent pas. L’organe sexuel du plaisir féminin, le clitoris, demeure totalement occulté pendant que l’organe masculin reste valorisé, voire encensé. Il apparaît que, devenues adultes, et malgré les discours ambiants, elles n’ont pas de plaisir, ou peu, dans une forme de sexualité entièrement dessinée par les hommes. La vérité, c’est que beaucoup simulent, n’osent pas dire non, et vivent dans la culpabilité de ne pas répondre à ce qui est attendu d’elles.

Fondé sur la parole intime des femmes (de celle qu’habituellement elles ne livrent qu’entre copines), le documentaire fait apparaître l’impressionnant modèle culturel qui enserre nos représentations et donc nos vies : au cinéma des scènes de violence sexuelles censées être érotiques (une version light du message pornographique), mais aussi dans la littérature, la publicité, la psychanalyse, la sexologie… A la relecture de la mythologie freudienne, encore défendue par des sexologues, on tremble à l’idée des dégâts qu’elle a pu occasionner dans les esprits et dans les corps : complexe de castration des filles, envie du pénis, refoulement féminin de la sexualité opposés à une sexualité masculine fondée sur la performance sexuelle, la conquête et l’agressivité.

C’est cet ensemble d’images prégnantes qui empêche les femmes d’identifier la violence, de dire non et même d’imaginer ce que serait leur propre désir ; une chape de plomb qu’il s’agit aujourd’hui de déconstruire, d’autant plus qu’elle repose sur un double verrouillage. Non seulement la sexualité partout véhiculée a été définie par et pour les hommes, mais un message subliminal veut que ce soit celle que les femmes désirent. Aimer être forcée, voilà une antienne qui n’appartient pas à la seule pornographie…

Cette excision culturelle des femmes a bien une dimension politique. L’enjeu est donc de taille. Le documentaire ouvre sur des perspectives revigorantes, aussi bien au plan personnel que politique : des femmes confient ainsi avoir découvert une sexualité épanouie à près de 40 ans (tant pis pour Freud qui prétendait que pour elles tout était fini à 30). Et d’autres vont jusqu’à proposer de repenser certains principes de notre Droit : la notion de consentement, par exemple, au cœur de la question des violences sexuelles contre les femmes (et rappelons le, de la prostitution) est ainsi décryptée par une juriste de l’Association européenne contre les Violences faites aux Femmes au Travail (AVFT) qui propose un retournement proprement révolutionnaire : changer l’adage qui ne dit mot consent en qui ne dit mot ne consent pas

Inséparable des combats contre la prostitution et la pornographie, cette analyse du vécu féminin contribue à tracer des chemins vers le plus beau des horizons féministes : une sexualité de rencontre et de partage, une nouvelle façon de vivre ensemble.

P.-S.

Diffusion le 11 février sur France Culture, dans l’émission Sur les docks, à 17h. Egalement à podcaster ou à écouter sur le Net

Notes

[1Diffusé le 24/06/2013 sur France Culture. Face à la crise espagnole, des femmes en sont réduites à vendre leurs cheveux… et même plus.


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