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Oui, l’égalité femmes-hommes passe bien par la lutte contre les stéréotypes sexistes !

avril 2015, par Benoît Kermorgant

L’égalité juridique ne suffit pas à mettre fin aux comportements sexistes. Nous devons
passer par le procès de tout ce qui, souvent de manière invisible, nous amène à dévaloriser
le féminin et à enfermer femmes et hommes dans des rôles limités. Le Haut Conseil à
l’Égalité entre les Femmes et les Hommes (HCE|fh) y contribue en publiant en octobre 2014
un rapport montrant en quoi les stéréotypes participent au maintien des inégalités.

Ce rapport relatif à la lutte contre les stéréotypes est riche
d’analyses sur la construction des inégalités sexistes grâce
aux contributions de divers chercheurs (sociologie, psychologie,
histoire). Le présupposé est que les stéréotypes ne sont pas
générateurs en eux-mêmes d’inégalités, mais qu’ils sont les
témoins de processus discriminatoires, brièvement rappelés
 : tout commence par une idéologie qui amène à présenter
comme innés des rôles, attitudes, traits de caractère… nécessairement
opposés et indépassables entre les hommes et les
femmes. Cette idéologie comprend l’idée que les hommes ont
des capacités supérieures aux femmes, notamment pour les
tâches techniques ou scientifiques. Ces rôles stéréotypés se
sont peu à peu incorporés dans la manière de définir ce qu’est
un homme ou une femme. En définitive, cela a aussi produit
l’intégration de valeurs et attitudes stéréotypés dans la sphère
professionnelle, par exemple des qualités dites masculines
dans les postes de management où il faut être rigide, sans
émotion ni empathie, dans la compétition… Cela est également
le cas dans le monde politique.

L’approche du HCE|fh, globale, relie entre elles les
inégalités relevant de stéréotypes communs et souligne le
continuum d’inégalités que crée le présupposé selon lequel
seuls les hommes sont faits pour diriger. Dans les manuels
scolaires, les femmes sont sous-représentées, à la fois quantitativement
et qualitativement ; dans la publicité, seuls les
garçons s’entraînent à être des super-héros ; et dans le monde
professionnel, c’est l’homme qui, par défaut, dirige.

Le phénomène d’hypersexualisation – présent dans tous
les médias : publicité, magazines, séries télévisées… – est mis
en avant dans les constats du HCE|fh : les femmes, réduites à
leur corps et figées dans des postures de séduction disposent
d’un seul capital : celui de la beauté. Pour ce qui concerne les
stéréotypes liés à la sexualité, les choses sont aussi claires :
les désirs féminins n’existent que lorsqu’ils reprennent à leur
compte ceux des hommes.

De manière générale, les représentations des femmes dans
la vie sociale sont teintées de leur subordination constante
aux hommes. Ainsi, dans les livres d’histoire, elles apparaissent
par et pour le regard masculin : Les femmes sont des
épouses, des amantes, des muses associées aux hommes (…) elles
en sont les objets, mais rarement les sujets elles-mêmes
, conclut
le rapport.

Créer des « éga-opportunités » pour touTEs

Le HCE|fh dresse une série de 34 propositions, certaines
très concrètes, pour repérer les stéréotypes, mesurer les inégalités,
former les acteurs, notamment dans l’éducation et la
communication institutionnelle. Toutes convergent vers une
recommandation phare, l’éga-conditionnalité. Il s’agit ni
plus ni moins de conditionner des financements publics au
respect de l’égalité et à l’éradication des stéréotypes. En ligne
de mire, les manuels scolaires ou encore la communication
des structures publiques, dont le financement assuré à 100 %
par l’État avoisine le milliard d’euros chaque année.

Les préconisations du rapport sont pour la plupart
louables, et des procédures de travail sont avancées dans
chaque domaine avec des étapes clés pertinentes. Mais on
reste trop souvent dans la mesure technique. Il manque une
véritable stratégie de mobilisation, politique et citoyenne,
capable de dépeindre les enjeux concrets de l’égalité et d’impliquer
davantage les hommes : les stéréotypes masculins
les desservent eux aussi et les enferment comme les femmes
dans des rôles limités. Avant tout, l’égalité vise à l’ouverture
de possibles pour chacun et chacune en termes de formation,
d’emploi, de loisirs, de manière de vivre et de se construire
une identité personnelle. Il faudrait y rajouter un volet
« d’éga-opportunités » pour touTEs…

En effet, alors que persiste – voire prospère – un discours
conservateur prétendant que les stéréotypes seraient nécessaires
à la construction de soi en tant qu’homme ou femme,
il faut dissiper toute ambiguïté et affirmer clairement : ce n’est
pas à l’idéologie machiste de nous dire si nous sommes de
« vraies » femmes, de « vrais » hommes. La nature nous fait
homme ou femme, et ce n’est pas le fait de diriger désormais
des entreprises pour les unes ou de faire la vaisselle pour
les uns, qui changera ce fait. À chacun, chacune de choisir et
construire son identité, c’est-à-dire ses valeurs, ses principes,
ses loisirs, sa formation, ses métiers, son compagnon ou sa
compagne… autant de choix qui ne s’avèrent pas aussi libres
et simples selon son sexe biologique, malgré ce faux sentiment
que nous vivons déjà dans une société d’égalité.

Stéréotype de sexe ou stéréotype de genre ?

Dans les débats sur la mise en
place des politiques publiques
en faveur de l’égalité femmes-hommes,
notamment à l’école,
un terme a cristallisé les
polémiques : le genre. Le rapport
du HCE|fh a choisi le terme
« stéréotype de sexe », à l’encontre
de la commande du ministère,
qui évoquait les « stéréotypes
de genre ». La distinction ?
La notion de sexe renvoie aux
caractéristiques biologiques et
physiques distinctes entre les
femmes et les hommes. Le genre
désigne les attitudes, les logiques
et les valeurs, les savoir-faire
et les compétences apprises
culturellement en mettant
en relief ce que l’on apprend
et exige spécifiquement des
filles et des garçons. Au sens
sociologique les notions sont
complémentaires et le genre
n’a pas vocation à remplacer la
catégorie de sexe.
Certains stéréotypes de sexe
et de genre se recoupent,
quand un stéréotype concerne
l’ensemble de catégorie de
sexe : par exemple celui qui
affirme que les femmes passent
trop de temps dans la salle
de bain. D’autres stéréotypes
visent une partie de la catégorie
de sexe, ou des sous-groupes
de personnes présentes dans
les deux catégories de sexe : par
exemple les stéréotypes dénigrant
les homosexuelLEs – hommes et
femmes – en les présentant comme
amoraux ou asociaux, parce qu’ils
trangressent le registre d’attitudes
traditionnellement assigné à leur
sexe. Ici, le terme « stéréotype de
genre » souligne, au-delà de la
catégorie de sexe, le lien avec la
hiérarchie entre le masculin et
féminin.


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