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France : un regard encore complaisant pour les "clients" de mineurEs prostituéEs

novembre 2010, par Claudine Legardinier

Un sondage IPSOS commandé par l’association ECPAT-France pour la journée internationale des droits de l’enfant, le 20 novembre 2010, et réalisé auprès de 933 personnes, montre qu’une partie non négligeable d’entre elles tend à excuser le recours à la prostitution des mineur-e-s. De nombreux éléments de cette étude sont éclairants, notamment les arguments économiques ou culturels avancés pour déresponsabiliser les auteurs.

Être "client", un comportement acceptable

Près de deux personnes sur trois (61%) jugent acceptable qu’une personne majeure ait des relations sexuelles avec une personne prostituée de 18 ans ou plus.

Les hommes sont sensiblement plus nombreux (66%) que les femmes (56%) à considérer qu’avoir recours aux services d’une personne prostituée majeure est acceptable. L’acceptabilité de cette pratique reste tout de même à nuancer : près d’un sondé sur deux juge que de telles relations sexuelles sont plutôt acceptables (46%), contre seulement 15% qui les jugent tout à fait acceptables. Toujours est-il que la majorité des personnes interrogées ne condamne pas le fait d’avoir des relations sexuelles tarifées avec une personne majeure.

Mais inacceptable en cas de prostitue-e-s mineur-e-s

En revanche, les sondés rejettent massivement le recours par un majeur aux services d’une personne prostituée mineure, qu’elle soit âgée de moins de 15 ans ou de 15 ans et plus : 99% d’entre eux jugent le recours aux services d’une personne prostituée de moins de 15 ans inacceptable. Ils sont presque aussi nombreux à penser de même des relations avec une personne prostituée âgée de 15 à 17 ans (96%). Toutefois, une proportion non négligeable met un important bémol à cette condamnation. 14% estiment qu’avoir des relations sexuelles tarifées avec une mineure de moins de 15 ans est plutôt inacceptable, cette proportion s’élevant à 21% lorsqu’il s’agit de se prononcer sur les prostitués de 15 à 17 ans.

Les éternels arguments de déresponsabilisation

On assiste donc à une condamnation de façade, dans un certain nombre de cas, puisqu’elle est assortie d’arguments qui déresponsabilisent les prostitueurs. Il est intéressant de détailler les faits qui rendent le recours à la prostitution de mineur-e-s plus acceptable :

- La personne mineure a menti ou triché sur son âge ; une circonstance atténuante pour 14% des personnes interrogées et même 21% des 18/24 ans.

- La personne mineure affirme se prostituer par choix personnel ; une circonstance atténuante pour 9% des sondés, soit près d’un sur dix, et pour 19% des 18/24 ans.

- La personne mineure a eu une attitude racoleuse ; une circonstance atténuante pour 5% des sondés (11% des 18/24 ans).

Quelques excuses pour les adeptes du tourisme sexuel

Quand on évoque la prostitution des mineur-e-s dans les pays pauvres, les arguments de déresponsabilisation sont encore plus marqués : si seulement 10% des personnes interrogées considèrent que les mineur-e-s de plus de 15 ans qui le font en France le font souvent par choix, ils le pensent bien davantage dès lors qu’il s’agit de mineur-e-s des pays pauvres. Pour plus d’une personne sur quatre, ces derniers le feraient souvent par choix personnel (27%). Pour 16%, ce serait parfois le cas. Au total, dit Ipsos, ce sont donc 43% des sondés qui estiment que la prostitution des mineur-e-s est une activité choisie dans les pays pauvres.
De plus, près d’une personne sur cinq (18%) estime que le tourisme sexuel ne peut être considéré partout de la même manière, le contexte culturel devant être pris en compte.

Mais surtout, près d’une personne sur deux (44%) considère que sans le tourisme sexuel, de nombreux enfants d’Afrique ou d’Asie n’auraient pas les moyens de subvenir à leurs besoins ou à ceux de leur famille. Cet argument économique trouve particulièrement écho chez les femmes (49%) et les moins de 35 ans (52%).

Si une de leurs connaissances s’était rendue coupable de relations sexuelles tarifées avec un mineur à l’étranger (tourisme sexuel), moins d’une personne sur trois choisirait de la signaler. La très grande majorité choisiraient donc de ne pas dénoncer cet acte et se contenteraient de discuter avec la personne responsable (53%) ou même ne feraient rien, estimant que cela ne les regarde pas (13%).
Cette attitude peut s’expliquer en partie par le fait que 29% des sondés ignorent ou ne se prononcent pas sur le fait que les relations sexuelles contre rémunération avec une personne de moins de 18 ans à l’étranger conduisent à des peines de prison en France.

Les sanctions encourues par les touristes sexuels à l’étranger restent ainsi moins connues que lorsque les faits se déroulent en France (87% des sondés savent qu’ils risquent la prison s’ils s’aventuraient à avoir des relations sexuelles contre rémunération avec des mineurs en France, y compris s’ils sont âgés de plus de 15 ans, contre seulement 71% qui savent que les relations sexuelles contre rémunération avec un mineur à l’étranger sont passibles de sanctions pénales).

Images pedo pornographiques : un acte courant mais grave

Pour 53% des sondés, la consultation sur Internet d’images pornographiques mettant en scène des enfants ou des adolescents est une pratique courante, voire même très courante pour 18% d’entre eux.

Même s’ils jugent l’accès facile et courant à ce type d’images, ils ne banalisent pas leur consultation : 97% d’entre eux jugent qu’il s’agit d’un acte grave. Parmi eux, 81% estiment qu’il s’agit d’un acte très grave (86% des femmes)

D’ailleurs, plus de neuf sur dix (94%) savent que le téléchargement et la possession d’images pornographiques mettant en scène des mineurs est passible de peines de prison. Les mieux avertis sont les 18-24 ans (100%), vraisemblablement en raison de leur plus grande sensibilisation aux nouvelles technologies d’information et de communication. Légèrement moins sûrs d’eux, les sondés sont toutefois une majorité (86%) à affirmer que la seule consultation d’images pornographiques mettant en scène des mineurs est également passible de prison (lorsqu’elle est habituelle).

Les personnes interrogées estiment majoritairement (63%) que les pouvoirs publics sont actifs dans la lutte contre l’exploitation sexuelle des enfants. Les femmes se montrent un peu moins nombreuses à le penser (53% contre 73% des hommes).

Des pistes pour la prévention

On voit toute l’étendue du travail d’information et de prévention qui reste à effectuer, et plus encore auprès des jeunes de 18 à 24 ans. L’ignorance de la loi est criante, de même que le recours aux arguments les plus éculés : c’est un choix, l’argent de la prostitution leur permet de manger, etc. On comprend mieux comment, en juillet 2010, tant de personnalités ont pu voler au secours de footballeurs interpellés pour relations avec une prostituée mineure [1] alors que de tels faits tombent clairement sous le coup de la loi. L’ignorance et les clichés et croyances qui entourent les personnes prostituées restent décidément prégnants.

P.-S.

Source : Ipsos

Notes


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