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"Sage femme", un slam qui frappe fort !

juin 2015, par Claudine Legardinier

Les temps changent et Sage femme (dont le titre trouve sa pertinente explication sur la dernière image) en est une nouvelle preuve. Présenté lors d’une projection débat le 9 juin 2015 à la Maison des Associations de Marseille, ce court-métrage coup de poing de douze minutes, coproduit avec la délégation du Mouvement du Nid des Bouches-du-Rhône, montre comment de jeunes réalisateurs savent s’emparer du sujet et lui donner un nouveau souffle ; et comment le témoignage d’une femme prostituée peut essaimer et sa parole porter loin.

L’économie de moyens est totale : depuis l’intérieur d’une voiture, la caméra sillonne boulevards et carrefours, longeant trottoirs et abribus. Rien de plus : des lumières dans la nuit, pas l’ombre d’une silhouette de prostituée affublée de talons aiguille. Juste le vide et la rue. En contrepoint deux voix : celle de deux femmes qui s’adressent à leurs clients, sans respirer, sans rien lâcher, les enfermant dans les rets de leurs mots. L’effet choc est immédiat du fait d’une déclamation empruntée au slam, cette forme de poésie urbaine popularisée en France par Grand Corps Malade.

L’auteur, Bertrand Kaczmarek, homme de théâtre et enseignant, est familier de la culture hip-hop. D’où cette écriture en prise sur le réel. Les mots, scandés et crus, y retrouvent leur force première, abrupte - tombe, suaire, tu dégorges, je t’incinère -, loin des habituels discours formatés qui stagnent au cerveau au lieu de partir du ventre. Les phrases claquent : Je monte à ma place, la place du mort. Tu te dis amateur de chair fraiche, tu n’es qu’un nécrophile… Le rythme instaure une sorte de spirale incantatoire. Je suis la bassine dans laquelle tu te vides : c’est cette comparaison sans fioritures, formulée dans nos pages par Mylène, ex prostituée en Allemagne, qui a agi comme un déclic. Cette phrase m’a tourneboulé explique le réalisateur, à qui elle a sauté à la figure dans un forum associatif auquel participait la délégation du Mouvement du Nid des Bouches-du-Rhône [1]. De là, l’idée a fait son chemin : forger un texte, dérouler des images.

A l’issue de ce travail, Bertrand Kaczmarek dit réaliser à quel point l’imaginaire prostitutionnel rôde partout dans notre culture ; dans le monde du sport, qu’il connaît de l’intérieur, comme dans celui du rap, qu’il aime fort mais qu’il châtie bien. Il a découvert à quel point l’expression anodine de plus vieux métier du monde est terrible dans l’injonction qu’elle porte, ce renvoi éternel des femmes au rôle de putes. Ce qui l’intéresse, c’est de penser le sujet côté hommes, d’interpeller ses élèves : Que deviendrait ton désir si tu rentrais là-dedans ?. Pour lui, c’est clair, il faut éduquer le désir des hommes. Il va plus loin : Aller voir des prostituées, c’est se tirer une balle dans le pied. De quoi ouvrir largement le débat… Ce que la soirée marseillaise a parfaitement montré.

Notes

[1Le Mouvement du Nid est une association de soutien aux personnes prostituées. Il est l’éditeur de la revue Prostitution et Société et de ce présent site.


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