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Suisse

Prostitution des mineurEs : un vilain accroc dans la vitrine helvétique

octobre 2011, par Claudine Legardinier

Dans la plupart des cantons suisses, il est légal de prostituer des jeunes de 16 ans. Des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent pour remédier à cette situation particulièrement choquante mais les autorités traînent encore les pieds.

La question de la prostitution des mineurEs commence à agiter sérieusement les autorités suisses. Dans ce pays, hâtivement vanté pour sa législation en matière de prostitution, des agences d’escortes se flattent – en toute légalité - de proposer les plus jeunes call-girls du monde [1] : des jeunes filles de 16 ans (âge de la majorité sexuelle) légalement prostituées par les patrons proxénètes pour peu que cette activité soit librement consentie.

Un cas unique en Europe de l’Ouest qui écorne l’image du pays et inquiète un nombre croissant de personnalités politiques soucieuses de ne pas voir le pays devenir la Thaïlande de l’Europe. Car la prostitution des mineurEs est en nette augmentation. Il suffit de regarder les petites annonces et les sites de prostitution sur Internet pour découvrir que les "clients" en sont particulièrement friands [2].

La Suisse est donc devenu un aspirateur pour les toutes jeunes filles en situation de précarité ou de rupture sociale, à commencer par les petites hongroises, devenues des proies rêvées pour l’industrie du sexe helvétique. D’après un rapport de l’ambassade américaine de Berne, révélé par Wikileaks [3], un tiers des mille adolescentes prostituées en Suisse en 2009 étaient hongroises. On imagine qu’à leur âge le concours des trafiquants a été particulièrement nécessaire.

De nombreux élus se battent donc depuis des années pour durcir la loi. Mais le gouvernement fédéral a beaucoup traîné les pieds, estimant qu’il convenait d’abord que la Suisse ratifie la Convention européenne sur la protection des enfants contre l’exploitation et les abus sexuels. Ce fut tout de même chose faite au 1er juillet 2010. Cet accord change la donne puisqu’il contraint les pays signataires à durcir leur politique en réprimant toutes les formes d’abus sexuels - prostitution et pornographie notamment - commis contre les mineurEs, oblige les Etats à sanctionner leurs "clients" et prévoit des mesures de prévention.

La mobilisation a enfin pris de l’ampleur. En juin 2011, alors que circulait une pétition [4] rassemblant près de 100 000 signatures, le Conseil Fédéral, emboîtant le pas au Conseil National, décidait d’interdire la prostitution des mineur-e-s et adoptait une motion proposant trois ans de prison pour leurs "clients".

Mais pour l’heure, rien n’est acquis. Le Conseil fédéral devrait proposer des lois en 2012. Face à ce calendrier longuet – fait de débats et de procédures parlementaires -, des cantons ont décidé d’agir. En 2010, Saint-Gall et Genève ont d’ores et déjà relevé l’âge légal de la prostitution à 18 ans.

Ailleurs, la loi la plus archaïque reste en vigueur : si les policiers repèrent unE jeune de 16 ans en situation de prostitution, ils ne peuvent agir qu’en prouvant que l’ado se trouve sous contrainte : un type de preuve souvent impossible à fournir. En Suisse, beaucoup d’adolescentEs restent donc abandonnés par les autorités à la prostitution, sans aucune mesure de protection, pour le bon plaisir du client prostitueur et les bénéfices substantiels des proxénètes.

Notes

[1Citation tirée du site de l’une de ces agences.

[3Magyar Távirati Iroda, Hungary to build shelter for juvenile prostitutes returning from Switzerland=9397], 12 septembre 2011.

[4À l’initiative de la chaine "Body Shop" alliée à la Fondation Suisse pour la protection de l’enfant (FSPE) et au Centre d’assistance aux migrantes.


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