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Menace sur la "John’s School" de San Francisco

septembre 2009, par Elise Guiraud

Dans le paysage largement prohibitionniste des États-Unis, la "John’s School" (école de "clients") de San Francisco détonne par son ambition progressiste et pédagogique : remplacer la prison par une journée de formation sur la prostitution, animée pour l’essentiel par des femmes qui furent elles-mêmes prostituées. Un rapport financier menace aujourd’hui ce programme qui fait pourtant figure de modèle dans de nombreuses villes du monde entier.

La "John’s School" ou "First Offender Prostitution Program" (FOPP) concerne les prostitueurs arrêtés pour la première fois par la police, le racolage côté "client" étant un délit en Californie.
Il représente une alternative originale qui substitue l’éducation et l’information à la répression : s’il s’agit d’une première arrestation, les "clients" ont le choix entre le FOPP ou être inculpés, avec le risque d’une éventuelle condamnation pénale. La créatrice du FOPP, Norma Hotaling, "survivante de la prostitution", a fait appel, pour conduire les journées d’information du FOPP, à d’anciennes prostituées, luttant comme elle pour le droit humain de vivre de manière indépendante, d’être libérées de tout abus...

Selon Hotaling, l’un des points forts de ces rencontres

est de les amener [les prostitueurs] à comprendre qui sont les femmes qui se trouvent en face d’eux. Celles-là leur disent la vérité sur ce qu’elles vivent. Bien entendu, elles ne dévoilent pas tout de suite leur véritable identité. Lorsqu’elles le disent, les hommes sont stupéfaits ; ils ne sont pas habitués à voir des prostituées comme autres choses que des sexes.

Mais Norma Hotaling est décédée en décembre 2008, enlevant à la John’s School sa figure tutélaire, tandis que débutait une offensive visant à déréglementer la prostitution dans le comté de San Francisco.
En effet, à l’origine de cet audit hostile au FOPP, une tentative de dépénalisation [1] : la proposition de loi "K", qui prévoyait de maintenir la prostitution prohibée en Californie, mais d’enlever aux services de police et de justice la possibilité d’engager des poursuites, y compris contre les "clients" et ... les proxénètes ! Cette proposition de loi fut enterrée, mais la "John’s School" restait dans la ligne de mire.

L’audit mené par les services financiers de la ville fait état d’un déficit chronique ces cinq dernières années, qui atteindrait 270 000 dollars aujourd’hui. Il juge également que le FOPP n’est pas assez complet pour prévenir efficacement la récidive ou aider les femmes à quitter la prostitution. Et le rapport de critiquer les buts mal définis du FOPP, son incapacité à mesurer ses résultats.

Du côté du bureau du procureur de San Francisco, en charge du FOPP, on se réfère à une étude récente menée deux années durant par le National Institute of Justice, qui établit une baisse de 30% de la récidive pour les prostitueurs qui ont suivi le programme. Quoiqu’en pensent les responsables de l’audit, rétorque Paul Henderson (responsable administratif du bureau), les buts du FOPP sont clairs : diminuer la récidive de la part des “clients”.

Erica Derryck, porte-parole du procureur, rappelle que le FOPP s’est auto-financé neuf années durant et assure que des solutions sont mises en œuvre pour revenir à un équilibre financier.
Ainsi que le souligne l’audit, le FOPP n’a pas les ressources suffisantes pour mesurer l’évolution de la récidive des "clients", ni rendre compte du nombre exact des personnes qu’il aide à échapper à la prostitution [2].

En somme, le FOPP serait plus efficace si davantage de ressources lui étaient dévolues... mais plutôt que les réclamer, cet audit demande plutôt la suppression du programme !

P.-S.

Les citations de cet article proviennent de notre interview de Norma Hotaling ainsi que de l’article du San Francisco Chronicle du 20 septembre 2009.

Notes

[2Les fonds du FOPP financent plusieurs ONG d’aide aux personnes prostituées, lesquelles ne gardent pas trace des personnes qui ont effectivement quitté la prostitution.


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