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L’Islande pénalise les "clients"

avril 2009, par Elise Guiraud

Alarmée par l’augmentation du trafic d’êtres humains sur ses terres, l’Islande s’est rangée au printemps 2009 à "l’approche suédoise".

Le trafic d’êtres humains est la forme la plus écoeurante du crime international organisé, a souligné la ministre des Affaires Sociales, Ásta Ragnheidur Jóhannesdóttir, en présentant devant le parlement islandais - l’Althingi, le plus ancien parlement au monde - son Plan d’action en 25 points visant à combattre la traite des êtres humains.

Cette nouvelle loi, votée par la gauche islandaise et les Verts, agira sur trois niveaux :

- Les personnes prostituées ne seront en aucun cas poursuivies.
Des mesures pour faciliter l’accès à l’ensemble des services sociaux islandais font partie du Plan d’action, en collaboration avec les associations et les ministères concernés. Le Plan d’action prévoit également de mettre l’accent sur la protection des victimes de la traite : hébergement, assistance juridique comprenant les services d’un traducteur, permis de séjour...

- Le proxénétisme était déjà interdit en Islande. Le Plan d’action renforce cette lutte en visant les formes "cachées" du proxénétisme : clubs de strip-tease et bars montants.

- Comme le recommandent les textes internationaux [1] l’Islande s’attaque à présent à la "demande", celle des prostitueurs à destination desquels les trafics sont organisés. Le fait d’acheter un acte sexuel est dorénavant interdit en Islande.

Johannesdottir place sa loi sous le signe de "l’approche suédoise" : depuis 2002, l’Islande travaille en effet en collaboration avec d’autres pays du nord de l’Europe (Pays baltes, Danemark, Norvège, Suède et Finlande) pour apporter une réponse commune à la traite des êtres humains.

Ces neuf pays emmenés par la Suède, regroupés autour du Protocole de Palerme sur la traite des personnes, qu’ils ont chacun signé, ont d’abord développé les questions de la prévention, le soutien aux victimes et la répression des trafiquants.
Après la Norvège, l’Islande choisit aujourd’hui de s’en prendre aux "clients" prostitueurs, dont la "demande" constitue une part significative du problème de la traite.

C’est une victoire totale qui est obtenue, après un combat vieux de nombreuses années mené par les associations luttant pour les droits des femmes et le progrès social, et par les parlementaires qui ont souvent proposé des lois sur ce sujet à l’Althingi. Je suis l’une de celles-là et c’est un jour particulièrement heureux pour moi, a déclaré Ásta Ragnheidur Jóhannesdóttir.
Janice Raymond, codirectrice de la Coalition Contre le Trafic des Femmes, a célébré le travail accompli, soulignant un progrès monumental mené alors qu’une femme, Jóhanna Sigurðardóttir, est depuis peu cheffe du gouvernement islandais.

P.-S.

Source : Iceland Review.

Notes

[1Protocole additionnel à la Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale organisée, sur la traite des êtres humains, dit de Palerme, 2000, et Convention de Varsovie, 2005.


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