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Le défi abolitionniste sur le terrain

janvier 2010, par Claudine Legardinier

Où en est l’abolitionnisme en France ? Nous avons choisi de présenter les positions d’associations de femmes ou féministes, en majorité, mais aussi d’ONG que préoccupe la question des violences faites aux femmes.

En cherchant à rassembler les contributions par thèmes (tentative relativement artificielle puisque les analyses sont globales et touchent toutes à la liberté, l’égalité, l’autonomie, la dignité), on verra que la prostitution est à la croisée de toutes les grandes questions sociales et politiques : inégalités (hommes/femmes, nord/sud), précarité, marchandisation, travail, violences, santé, sexisme, racisme.

Le caractère central du féminisme dans le choix de la position abolitionniste saute aux yeux. Son analyse du système de domination sexiste comme structure fondamentale de nos sociétés lui permet de voir la prostitution comme un point d’exaspération de la domination masculine, de la violence et de l’inégalité entre les hommes et les femmes.

En toute logique, et sauf exception (des organisations se disant féministes et affichant un soutien au statut du travail du sexe), le féminisme est un chemin tout tracé vers l’abolitionnisme.

Face à ces forces éparses, mais aussi ces convictions solides, est-il permis d’espérer voir, dans notre pays, la construction d’un front abolitionniste dynamique et porteur d’un véritable projet politique ?

C’est l’objectif de cette première tentative de rassemblement. Toutes nos excuses aux associations, organisations qui ne sont pas citées ici, faute de place [1].

Violences


Les témoignages des responsables d’associations qui accueillent des victimes de violences sexistes, montrent qu’une bonne partie des cas de prostitution reste invisible, non connue, non déclarée. Les médias préférant les images choc de traite des femmes ou les clichés glamour sur les "escort girls".

- Collectif féministe contre le viol (CFCV) : Le viol, un moteur pour la prostitution


Le CFCV nous adresse une prise de position d’une clarté exemplaire, encore renforcée par les résultats de sa récente étude sur les liens entre viols et prostitution.

Lire la suite : CFCV : Le viol, un moteur pour la prostitution

- Grande cause nationale 2010 : la prostitution, une violence enfin reconnue !


Un consensus bienvenu ! Des associations agitées par un débat interne sur la question de la prostitution (Ni putes ni soumises, Planning Familial) sont pourtant au nombre des signataires de la Charte du Collectif pour la Grande cause nationale 2010 contre les violences faites aux femmes (dont est membre le Mouvement du Nid), charte qui intègre clairement la prostitution.

Cette charte définit les violences et en énumère les formes, au nombre desquelles violence physique, sexuelle et psychologique exercée au sein de la société, y compris le viol, les sévices sexuels, le harcèlement sexuel sur le lieu du travail, dans les établissements d’’enseignement et ailleurs, la prostitution et la traite qui en découle. (c’est nous qui soulignons).

Le texte précise que le consentement de la personne ne peut être opposable et que les violences faites aux femmes ont des conséquences multiples sur le plan socio-économique, juridique et sur la santé globale des femmes concernées.

Le Collectif, qui a annoncé le 25 novembre 2009 l’obtention de la "Grande cause nationale 2010", prévoit des événements tout au long de 2010, dont certains en lien avec le film de Patric Jean, La domination masculine.

À lire également :
Grande cause nationale 2010 : La prostitution, une violence réaffirmée !

- Collectif National Droits des Femmes (CNDF) : La prostitution, une violence réaffirmée


Créé en 1996, il rassemble une centaine d’associations, syndicats, partis de gauche. Il porte un projet de loi cadre contre les violences faites aux femmes. Il a créé en 2002 un groupe de travail sur la lutte contre le système prostitutionnel.

Lire la suite : CNDF : La prostitution, une violence réaffirmée

- Rencontre avec Sabine Salmon, présidente de Femmes Solidaires : Comment être féministe sans être abolitionniste ?

- Fédération Nationale Solidarité Femmes (FNSF) : Des liens certains avec les violences conjugales


Réseau fondé en 1987, la FNSF regroupe les associations féministes engagées dans la lutte contre les violences faites aux femmes, notamment celles qui s’exercent au sein du couple. La FNSF gère le service national d’écoute « Violences conjugales info » devenu le 3919 en 2007.

Lire la suite : FNSF : Des liens certains avec les violences conjugales

- Coordination française pour le Lobby Européen des Femmes (CLEF) : Une violation fondamentale des droits humains


En France, la CLEF (créée en 1991) regroupe environ 75 associations, majoritairement abolitionnistes. Elle représente le Lobby Européen des Femmes (LEF), la plus grande fédération d’associations de femmes dans l’UE, plus de 2500 organisations.

Lire la suite : CLEF : une violation fondamentale des droits humains

À lire également :

- Le Lobby Européen des Femmes met en cause la "tolérance" de l’UE pour le système prostitutionnel

- 1949-2009 : 60 ans d’inaction sur la prostitution

Précarité, exclusion

La précarité est un terreau pour la prostitution qui va de pair avec des situations d’exclusion semblant sans issue... surtout quand la réglementation ou la banalisation de la prostitution empêchent de mettre en œuvre des alternatives pour "s’en sortir".

- Fédération Nationale des Associations d’Accueil et de Réinsertion Sociale (FNARS) : La légalisation renforcerait l’exclusion.


Réseau associatif au service des plus démunis, la FNARS fédère 800 associations et organismes publics. Elle gère près de 2200 établissements et services dont plus de 700 ont l’habilitation Aide sociale CHRS. Toutes les associations membres sont concernées, ou peuvent l’être, par la prostitution. La FNARS a donc tenu à affirmer une position claire dans son texte d’orientation de décembre 2004.

Lire la suite : FNARS :La légalisation de la prostitution renforcerait l’exclusion.

Mondialisation

Le système proxénète de mise à disposition du corps des femmes [2] a su tirer parti de la mondialisation, de l’ouverture des frontières, de la circulation des capitaux et des personnes. De formidables moteurs qui ont donné à cette forme d’exploitation des dimensions sans précédent dans l’histoire du monde.

- Coordination française de la Marche Mondiale des Femmes : Le corps des femmes, un enjeu majeur pour le patriarcat et le capitalisme


Après 2000 et 2005, la 3e Marche Mondiale des Femmes se met en route du 8 mars 2010 au 17 octobre 2010. Partout dans le monde, des femmes se passeront le relais et lanceront des initiatives et des revendications contre la pauvreté et la violence sexiste.
Depuis la Marche de 2000, la MMF est devenue un mouvement permanent, féministe et anticapitaliste. La Coordination Française a adopté en 2007 un texte qui fait le choix de l’abolitionnisme en matière de prostitution.

Lire la suite : Marche des Femmes : Le corps des femmes, un enjeu majeur pour le patriarcat et le capitalisme

- ATTAC : La prostitution, point ultime de la marchandisation généralisée

Jacqueline Pénit-Soria et Claudine Blasco, animatrices de la commission « Genre » d’Attac France, groupe altermondialiste et féministe, voient la prostitution comme un enjeu fondamental et son abolition comme la seule issue possible. Comme l’abolition de l’esclavage était une lutte pour les droits humains et non uniquement pour les droits des Noirs, l’abolition de la prostitution est une lutte pour la dignité humaine et non uniquement pour la dignité des femmes.
Le débat reste toutefois houleux à l’intérieur d’Attac.

Lire la suite : ATTAC : La prostitution, point ultime de la marchandisation généralisée

À lire également :

- Claudine Blasco, ATTAC

- La prostitution en débat à ATTAC

- Mondialisation de la prostitution, atteinte globale à la dignité humaine

Droits humains

La prostitution constitue sans aucun doute un des premiers lieux de violation des droits humains dans la société. Rares sont pourtant encore les organisations de défense des droits humains qui s’en soucient.

- Ligue des Droits de l’Homme (LDH) : Le consentement ne pèse pas lourd à côté des conditions sociales


La LDH lutte contre les atteintes aux droits des individus, dans tous les domaines de la vie civique, politique et sociale. Historiquement, elle s’est engagée sur la question de la prostitution depuis sa création en 1898.

Lire la suite : LDH : Le consentement ne pèse pas lourd à côté des conditions sociales

- Planète Enfants : Il faut vraiment agir sur la demande des clients


Planète Enfants lutte contre la traite des êtres humains et l’exploitation sexuelle des femmes et des enfants. L’association a évolué depuis son mandat de 1992 qui limitait l’action à la défense des Droits des enfants en se basant sur la CIDE (Convention Internationale des Droits de l’Enfant).

Lire la suite : Planète Enfants : Il faut vraiment agir sur la demande des clients

- Du côté d’Amnesty International : une neutralité bienveillante pour les réglementaristes


Amnesty a désormais intégré dans ses plans d’action la question des violences faites aux femmes. Sans être abordée directement, la position de l’ONG de défense des droits humains sur la prostitution est lisible en creux.

Dans sa brochure de 2004 intitulée Mettre fin à la violence contre les femmes, Amnesty emprunte son vocabulaire au registre réglementariste : travailleuses du sexe, prostitution forcée et même traite à des fins de prostitution forcée. Page 82, on lit — avec stupéfaction — une information se rapportant à une travailleuse du sexe âgée de 14 ans (sic). Une terminologie qui laisse sans voix.

Amnesty a heureusement montré des avancées ces dernières années en dénonçant la responsabilité des hommes chargés du maintien de la paix dans l’explosion de la traite des femmes (Kosovo) ainsi que de certains membres des personnels humanitaires (Sierra Leone, Libéria, Guinée, etc) qui extorquent des actes sexuels aux jeunes femmes contre des colis alimentaires.

Sexisme, racisme

La prostitution est le lieu du sexisme - femmes constituées en "putes" - et du racisme. Les poncifs colonialistes (Africaines sauvages, Asiatiques soumises...) sont un argument de vente majeur dans l’industrie du sexe.

- Mix-Cité : Faire de la prostitution une question politique


Mix-Cité, mouvement mixte pour l’égalité des sexes, est une association féministe, mixte, antisexiste et universaliste, fondée en 1997.

Le féminisme n’est pas une question de sexe, c’est une question de valeurs, c’est un choix de société explique Mix-Cité qui affirme dans le même élan son projet abolitionniste. Dans nos colonnes, Juliette Rennes expliquait la genèse de ce choix. Un choix mûrement pesé après auditions et débat.

À la légitimité du terrain revendiquée par Claire Carthonnet, elle-même prostituée et revendiquant un statut de travailleuse du sexe, Mix-Cité a opposé la nécessité d’avoir des assises théoriques solides : le terrain n’a pas toujours raison.

Face au sociologue Lilian Mathieu, désireux d’afficher une certaine neutralité, nous lui avons dit que choisir d’ignorer les clients n’est pas neutre.

Face à Gail Pheterson, théoricienne du travail du sexe, nous nous sommes posé la question de l’analyse globale, du projet de société qui est le sien. Et nous avons relevé une sorte de manque d’ambition, de vision à long terme.

C’est la position de Marie-Victoire Louis, chercheuse féministe résolument abolitionniste qui a emporté l’adhésion de Mix-Cité : Une des tâches des féministes, c’est de faire de la prostitution une question politique. Elle n’est pas plus une fatalité, pas plus naturelle, que n’importe quel autre fait social.

Juliette Rennes concluait sur cette synthèse : Globalement, nous sommes d’accord pour un monde sans prostitution, pour punir le client, pour que la prostitution ne soit pas reconnue comme un métier, qu’elle ne soit pas divisée en une prostitution libre et une forcée, pour que le sexe ne soit pas une marchandise banalisée dans la société capitaliste.

En ligne, le site de Mix-Cité

- Réseau pour l’Autonomie des Femmes Immigrées et Réfugiées (RAJFIRE) et Fédération des Associations de Solidarité avec les Travailleurs Immigrés (FASTI) : La prostitution, empêcher les viols ? Au contraire !

Le Rajfire défend les droits des femmes migrantes, immigrées, réfugiées. La Fasti agit au quotidien avec les personnes immigrées et lutte contre toutes les discriminations. Parmi les ASTI qu’elle fédère, certaines ont relevé la présence grandissante de personnes prostituées dans les permanences.

Le Rajfire déclare dans son texte fondateur s’inscrire dans la lutte contre les violences faites aux femmes et combattre notamment le trafic des femmes et des enfants et le système prostitutionnel. Le Rajfire se bat pour que l’on cesse de les voir les femmes et jeunes filles victimes de la traite et de la prostitution comme des délinquantes. Il s’engage lors des reconduites à la frontière en tirant la sonnette d’alarme sur les dangers subis lors du retour au pays.

Rajfire

La Commission Femmes de l’Asti Nantes a ainsi mis en exergue sur son site Internet la question de la prostitution
La quasi totalité des personnes se prostituant ont subi dans leur passé des traumatismes graves, et dans l’acte même de la prostitution en subissent encore régulièrement. (...) contrairement aux idées reçues, la présence de personnes prostituées [ne diminue pas] le nombre de violences intra-familiales et de viols, au contraire. La permissivité du passage à l’acte que s’autorisent les clients en participant à l’exploitation et à la souffrance des personnes prostituées, ne fait que renforcer l’image négative de la femme véhiculée dans nos sociétés et contribue à reproduire le système de domination masculine.

Le comportement des clients dans les rues de Nantes en est la preuve : (...) de véritables consommateurs pressés d’être satisfaits en toute impunité et de ce fait agressifs envers les associations présentes sur le terrain.

FASTI

- Ni Putes Ni Soumises : La prostitution... c’est les autres.


L’association, fondée en 2003 par réaction à la dégradation des conditions de vie des filles dans les quartiers, est attachée à défendre la laïcité, la mixité et l’égalité. Elle ne s’est jamais prononcée sur la prostitution.

Serge Rohlfshagen fait partie des 10 à 15 % d’hommes qui forment les rangs de Ni Putes ni soumises et défendent sa volonté de mixité. Président depuis trois ans du comité de Haguenau (le seul en Alsace Lorraine), il affirme, hors de toute déclaration officielle de l’association, une position abolitionniste en matière de prostitution.

Lire la suite : Serge Rohlfshagen, militant de Ni Putes Ni Soumises

Liberté sexuelle, droit de choisir

Être abolitionniste, c’est défendre la liberté sexuelle. Ce n’est pas au nom d’un ordre social ou d’une prétendue "normalité" que la plupart des néoabolitionnistes s’opposent à la prostitution. C’est au nom de la liberté de chacun-e de pouvoir vivre sa sexualité selon ses choix et non selon la nécessité économique.

- Choisir la Cause des Femmes : Interdire tout achat de "service sexuel"


Interdire tout achat de « service sexuel »

Choisir, fondé en 1971 par Gisèle Halimi et Simone de Beauvoir, a affirmé dès les origines une position abolitionniste. En quoi cette aliénation, cette séquestration, ce trafic séculaire gênent-ils vraiment nos penseurs et nos hommes politiques ? écrivait Hélène Henry, dans un article intitulé Mais qui se soucie vraiment de la prostitution ? de la revue du mouvement datée d’octobre 1977. Aujourd’hui, Choisir réaffirme ses choix : Une politique européenne de la traite doit être mise en relation avec la nécessité d’abolir la prostitution.

Choisir porte un projet nommé la Clause de l’Européenne la plus favorisée qui propose d’étendre aux 253 millions de citoyennes européennes les 14 meilleures lois des 27 pays de l’UE (dans le domaine de la procréation, de la famille, du travail, des violences et de la participation au pouvoir politique). L’association a élu notamment la loi adoptée en Suède en 1999 qui interdit tout achat de service sexuel.

Le modèle juridique adopté par la Suède est de loin le plus favorable aux femmes. Partant du principe que la prostitution est un élément fondamental de la violence exercée par les hommes contre les femmes, la lutte contre la prostitution est présentée comme constitutive des efforts pour obtenir l’égalité femmes/hommes. Plus encore cette loi vise à restaurer la dignité des femmes et à l’imposer à tous en dénonçant le rôle des clients et des proxénètes dans le phénomène de la prostitution.

À lire également, notre interview de Gisèle Halimi.

- Planning familial : le malaise


Le Mouvement Français pour lePlanning Familial agit auprès des pouvoirs publics pour faire reconnaître les droits des femmes à la maîtrise de leur fécondité (contraception, avortement) et lutte contre les violences sexistes par l’éducation sexuelle dans les collèges et les lycées, et la sensibilisation de l’opinion.

Le Planning Familial n’a jamais pris position sur le dossier prostitution. Lancé en novembre 2006 lors des journées nationales (avec une suite d’échanges pour le moins animés), le débat a été remis à plus tard. Un petit tour d’horizon parmi les militantes montre à quel point le sujet est épineux. De celles qui se disent prêtes à quitter le Planning s’il ne fait pas le choix de l’abolitionnisme à celles qui veulent avant tout des "droits" pour les personnes prostituées, et donc une forme de légitimation.

Personne n’a vraiment l’intention d’opter pour le réglementarisme, explique Nicole Roussel, nouvelle présidente du Planning de Toulon. Pas de marchandisation du corps. Je pense que nous sommes majoritairement abolitionnistes. Mais le discours des personnes prostituées qui défendent la prostitution touche certaines d’entre nous qui estiment indispensable d’écouter leur parole.

La récente désignation de Carine Favier à la tête du Planning (elle-même médecin travaillant sur la prévention sida et donc plutôt liée aux associations dont l’action auprès des personnes prostituées est fondée sur la seule réduction des risques) pourrait en tout cas relancer le débat. Le sujet revient de plus en plus dans notre pratique, dit Nicole Roussel, par exemple les fellations dans les collèges contre des “cadeaux”. En 2010, le débat sur la bioéthique va nous obliger à prendre position et les sujets sont liés. De plus, nous travaillons de plus en plus avec les auteurs de violences contre les femmes, notamment en prévention. Nous allons forcément parler des “clients”.
A suivre, donc. 

Le Planning Familial.

Santé

Les associations de promotion de la santé sont rarement abolitionnistes. Leur définition de la santé s’exprime d’abord en termes de lutte contre le sida et de réduction des risques.

- Médecins du Monde : attentifs aux personnes prostituées, sans opinion sur le système prostitutionnel


Association de solidarité internationale, Médecins du Monde s’appuie sur l’engagement de professionnels de la santé pour porter secours aux populations les plus vulnérables.

Médecins du Monde fait une place réelle aux populations se prostituant, en France (notamment à Paris avec le Lotus Bus auprès des femmes chinoises, Nantes, etc…) et à l’étranger. Il concentre son action sur la prévention et la réduction des risques, répond donc d’abord aux demandes médicales mais aussi aux demandes sociales.

MdM déclare que abolitionnisme, prohibitionnisme et réglementarisme ne sont pas des notions opérationnelles et dit ne pas prendre position sur les politiques d’ensemble concernant la prostitution (mais condamne fermement la LSI, loi sur le racolage).

On peut toutefois noter une présentation plutôt négative du néo-abolitionnisme (système défendu par la Suède, ici appelé victimisation) qui engendrerait clandestinité et vulnérabilité accrue aux milieux criminels.

MdM dénonce dans ses rapports la dangerosité de la pratique prostitutionnelle et décrit régulièrement les agressions, les violences subies, y compris de la part des clients. Il pense à élaborer une réflexion sur la souffrance psychologique.

On peut donc s’étonner d’une réserve qui revient à ne pas remettre en cause le système social qui confère aux hommes le droit de s’offrir le corps de femmes –et d’hommes- le plus souvent démuni-e-s ou vulnérables.

Médecins du Monde

Le Mouvement du Nid adhère à une définition de la santé qui est celle de l’OMS et ne se cantonne pas à l’absence de maladie : un état de bien être total physique, social et mental de la personne.

Rappelons que le concept de santé a beaucoup évolué. Longtemps réduit à la lutte contre la maladie, il a acquis une définition large et positive. La santé exige donc des services de prévention et de soins mais aussi, comme le dit l’OMS, des lois, des règlements, des orientations politiques. La santé de la population est une responsabilité collective (Charte d’Ottawa, 1986).
Dès lors, selon nous, il devient discutable de se contenter de gestes de prévention sans affirmer une position politique globale destinée à faire reculer le recours à la prostitution.

Perspectives politiques actuelles de l’abolitionnisme

Regards croisés sur l’abolitionnisme, un bilan sur les pertes, les acquis et les enjeux des luttes à venir. Avec Malka Marcovich, Grégoire Théry, Saïd Bouamama.

Notes

[1Citons celles qui ont soutenu notre Plaidoyer pour une Europe sans prostitution : Regards de femmes, Vivent les femmes, Société et Violence…
D’autres, nous le savons, partagent nos options : La Meute des chiennes de garde, SOS Sexisme, l’Alliance des femmes pour la démocratie, l’Assemblée des femmes, Dialogue de femmes, Mouvement Jeunes Femmes, Ruptures, etc… sans compter de nombreuses associations et organismes régionaux, du Centre Simone de Beauvoir de Nantes au Forum Femmes Méditerranée de Marseille.

[2En majorité.


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