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Abolitionnisme : la mobilisation générale

avril 2013, par Claudine Legardinier

67 ans après la fermeture des maisons closes, ce 13 avril 2013 a été l’occasion du plus grand rassemblement abolitionniste jamais organisé en France. 55 associations, de nombreuses personnalités, des politiques mais aussi des "survivantes" de la prostitution se sont rassemblés à la Machine du Moulin Rouge.

Le lieu était inhabituel, et l’événement historique. En plein cœur de Pigalle, lieu emblématique de l’exploitation du corps des femmes, le Collectif Abolition 2012 et ses alliéEs sont allés reprendre le territoire en procédant symboliquement à « l’abolition citoyenne du système prostitueur ». Plus de cinq cents personnes, femmes et hommes, de tous âges, de tous milieux et appartenances politiques, étaient ensemble pour un moment qui tenait à la fois de la fête et du rassemblement solennel : une démonstration éclatante du caractère transversal du combat abolitionniste, de son adéquation avec la société d’aujourd’hui.

Ce 13 avril 2013 aura clairement marqué un basculement. Le temps n’était plus au colloque un peu formel mais au partage d’un événement vivant et chargé d’émotion. Un souffle a traversé la Machine ; le sentiment d’un mouvement en marche et d’une solidarité que rien ne saura plus arrêter. Un élan et le bonheur de le vivre ensemble.

En chimie, on parlerait d’un « précipité ». Les patientes avancées, conquises une à une, montraient enfin leur force centrifuge. Des personnalités d’horizons divers pouvaient afficher tranquillement leur couleur abolitionniste : Benoit Hamon, ministre, l’anthropologue Françoise Héritier, Roselyne Bachelot, chroniqueuse et ancienne ministre, les comédiennes Blandine Métayer et Eva Darlan, le psychiatre Christophe André, Yves Charpenel, premier avocat général à la Cour de Cassation, Emmanuel Zemmour, président de l’UNEF, Gérard Biard, journaliste et rédacteur en chef adjoint de Charlie Hebdo. Sans compter les personnes ayant déclaré leur participation de cœur comme la réalisatrice Coline Serreau.

Après la déclaration d’abolition par une quinzaine d’associations, la prise de parole des « survivantes » a fait l’effet d’un choc. Dans le sillage de la lecture par Eva Darlan du témoignage de Fiona [1] : , trois femmes, Laurence [2], Rosen [3] et Nathalie, étaient venues dire collectivement et à visage découvert leur volonté de refuser la honte, de cesser de se taire et dénoncer l’indifférence et les portes fermées… Je me suis reconstruite en pensant que jamais je ne dirais à quiconque ce qui s’est passé... Mais maintenant, le silence, c’est fini !, a déclaré Laurence, la voix brisée.

Les déclarations de personnalités politiques, Danielle Bousquet et Guy Geoffroy en tête, ne pouvaient que donner à l’assemblée l’assise dont elle a besoin. Harlem Désir, Pierre Laurent, Martine Billard, Maud Olivier, Laurence Rossignol, Laurence Cohen, Marie-George Buffet, Gwendal Rouillard ont montré que l’abolitionnisme est désormais porté par quatre partis politiques, PS, PCF, PG, UDI. TouTEs ont dit leur résolution : obtenir le vote d’une loi globale d’abolition.

Malgré la pluie, le rassemblement s’est terminé par une marche de protestation devant la Machine, le temps de rebaptiser symboliquement la place Pigalle Place de l’Abolition.

Les vidéos des interventions et de la manifestation

Toutes les photos et vidéos de l’événement sont disponibles sur le site de l’événement, abolition13avril.wordpress.com

Notes

[1En vidéo, lu par Éva Darlan ce 13 avril 2013, et en intégralité sur notre site.

[2À paraître dans le numéro 179 de Prostitution et Société. Laurence a publié un livre : Renaître de ses hontes.

[3Le témoignage de Rosen a été publié dans le numéro 176 de notre revue : en ligne Rosen : Je me suis autodétruite. Si j’avais continué, je serais morte.


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