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Nice : quatre policiers mis en examen après le viol d’une personne prostituée

mars 2010, par Elise Guiraud

Les quatre hommes sont accusés de viol aggravé pour trois d’entre eux, et de non assistance à personne en danger pour le dernier. Après avoir d’abord nié les faits, ils se retranchent à présent derrière l’argument du consentement de la victime.

Dans la nuit du 23 au 24 février 2010, les quatre hommes, à bord d’un véhicule de la police nationale, repèrent la jeune femme, qui semblait racoler sur la voie publique et au prétexte de la protéger d’un rôdeur [1], la persuadent de les rejoindre dans leur véhicule. Ils l’auraient alors violée à tour de rôle – à l’exception de l’un d’entre eux, qui n’est toutefois pas intervenu - puis relâchée dans la rue, où elle a appelé au secours le 17.

Les quatre hommes ont été mis en examen dimanche 28 février, pour non-assistance à personne en danger pour celui qui a laissé faire, et viol aggravé pour les trois autres, du fait de l’autorité liée à leur fonction. C’est cette autorité qui leur a permis, selon les déclarations de la victime, de l’interpeller pour racolage, de l’effrayer en invoquant la présence d’un dangereux rôdeur dans les environs, et enfin de la forcer à se montrer “gentille” pour ne pas finir au poste, ainsi que l’a rapporté le procureur de la République Éric de Montgolfier. Pourtant, ils plaident à présent le consentement de la jeune femme.

En septembre 2007, lors du procès de sept CRS jugés pour viols à l’encontre de personnes prostituées, la défense avait déjà invoqué à cor et à cri le consentement des victimes. Ce consentement est l’argument traditionnel des agresseurs. C’est l’argument des violeurs, qui ont ainsi toujours tenté d’échapper à la justice en faisant porter la responsabilité et la culpabilité sur les victimes, celles-ci devant faire la preuve qu’elles n’avaient pas "consenti" ou même seulement donné l’impression de le faire : on s’interrogeait alors sur la longueur de leurs jupes, leurs attitudes... tout en oubliant commodément les contraintes, les menaces, dont avait usé leur agresseur.

C’est tout à l’honneur des féministes et de leurs allié-e-s d’avoir combattu l’usage fallacieux de la notion de consentement, servant à dissimuler les contraintes sociales, culturelles, économiques et psychologiques, qui influencent considérablement les choix individuels.

À l’époque du procès de 2007, les accusés expliquaient qu’en l’absence de violences, ils n’avaient pas conscience de commettre des viols. “C’était comme avoir des sandwiches à tarif réduit”. Pour eux, et pour la société toute entière, une personne prostituée est d’abord considérée comme un simple objet sexuel à disposition, avec tout le mépris que cela suppose, ainsi que nous l’écrivions alors.

Tous et toutes, soucieux de l’égalité entre les hommes et les femmes, nous devons être attentifs au procès qui s’annonce, où pourraient se jouer des enjeux importants pour les droits des femmes : la falsification de l’argument du consentement ne doit pas revenir faire obstacle à la justice rendue aux femmes victimes de violence. Ce n’est pas parce qu’une personne est prostituée que l’on a sur elle un droit de viol.


Pour aller plus loin :

Prostitution, voile, euthanasie. Le consentement au cœur des débats

Notes

[1Selon Pierre Thébaud, correspondant de RTL à Nice, 02/03/2010.


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