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Lobbying proxénète, lançons l’alerte !

juin 2016, par Claudine Legardinier

On attend impatiemment un "Cash Investigation" sur une industrie du sexe devenue toute puissante depuis les années 1970/1980 ; une industrie qui, comme celle du tabac, de l’amiante ou des pesticides, trompe, exploite et tue.

De courageuses investigations menées par des journalistes et des organismes indépendants ont montré par quelles méthodes le lobby du tabac ou celui des pesticides ont pu mettre en péril la santé de populations tout entières.

C’est grâce au lobbying proxénète que la prostitution, un produit tout aussi mortel, a pu à son tour béné cier d’un emballage glamour. La réussite est telle que l’expression sex work a pu s’imposer à l’ONU, dans les institutions européennes et internationales, les ONG de défense des droits de l’homme, les médias, l’université, le monde de la recherche... Et manipuler ainsi les termes du débat en légitimant l’exploitation prostitutionnelle devenue travail.

Tous les lobbys usent du même ressort : brandir l’étendard de la liberté individuelle pour mieux défendre les intérêts de l’industrie. Le lobby du tabac a centré le débat sur la liberté et le plaisir du fumeur, cachant ainsi les intérêts des fabricants, de même que l’industrie du sexe a compris qu’il fallait af cher un souci des personnes prostituées. Proxénètes et trafiquants créent désormais couramment des associations de défense des droits des prostituées, couverture idéale pour leur lobbying.

L’affaire Alejandra Gil en fut en 2015 la démonstration éclatante. La fameuse experte sur les questions de prostitution à Onusida, entre autres présidente d’une telle association, est aujourd’hui sous les verrous pour 15 ans, pour proxénétisme et traite des femmes. Mais qu’importe. Madame Gil a eu le temps de convaincre Onusida mais aussi l’OMS, organismes de référence, de choisir de décriminaliser les exploiteurs en faisant mine de décriminaliser les exploitéEs. Et d’influer en conséquence sur les choix d’Amnesty International.

Pour parfaire leur crédibilité, les lobbys usent par ailleurs d’études scientifiques. Le lobby pro-armes à feu états-unien a pu en construire une prouvant, au pays des tueries de masse, que plus il y a d’armes, moins il y a de crimes. Celui du tabac a montré que toute réglementation anti-tabac profite aux réseaux mafieux. De la même façon, on imagine quelles conclusions vont sortir de la recherche sur la demande liée à la traite, DemandAT, lancée par la Commission Européenne, et clairement aux mains des défenseurs de l’industrie du sexe [1].

Aux menaces et à la diffamation sur les opposants, peuvent s’ajouter des méthodes plus musclées : corruption, trafic d’influences, financement de partis politiques... Une chose courante dans la France des bordels d’avant 1946. En la matière, les investigations à mener en Europe seraient d’envergure.

On attend impatiemment un Cash Investigation ou un travail d’enquête du même type sur une industrie du sexe devenue toute puissante depuis les années 1970/1980 ; une industrie qui, comme celle du tabac, de l’amiante ou des pesticides, trompe, exploite et tue.

P.-S.

Cet article est paru dans le numéro 188 de notre revue, Prostitution et Société. Pour nous soutenir et nous permettre de continuer à paraître, abonnez-vous !

Notes

[1On relève entre autres les noms de farouches anti-abolitionnistes : Petra Ostergren, Maricke Van Dornincke, les organisations GATW ou La Strada. 2,5 millions d’euros leur ont été alloués. Kajsa Ekis Ekman, « Le coup de force du lobby prostitutionel contre un projet de recherche de l’EU », mai 2015.


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