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La solution introuvable

juillet 2015, par Claudine Legardinier

L’expérience est ratée. Six mois après la fermeture des salons de massage et l’approbation d’un nouveau règlement sur la prostitution de rue à Charleroi, en Belgique, c’est le bilan tiré par
les acteurs sociaux. La ville est dépassée.

Des expériences ratées, l’histoire des politiques sur la prostitution en est pleine. Zones,
contrôles, maisons ? Charlemagne, Saint-Louis, Napoléon, tous ont vainement cherché la
solution à l’insoluble question de la prostitution : Nicolas Sarkozy croyait la tenir en s’attaquant
au racolage en 2003. Il ne faisait qu’imiter Louis XVI en 1778.

L’ouverture de bordels fait partie des ratages auxquels états et communes semblent
particulièrement attachés. En France, avant 1946, les prostituées illégales étaient trente fois
plus nombreuses à l’extérieur que dans leurs murs. Les "zones de tolérance", de la même façon, comme l’ont constaté les Pays-Bas, n’aboutissent elles aussi qu’à créer des concentrés de
criminalité.

Les trouvailles récentes sont à la hauteur de leurs aînées. Face à l’augmentation inquiétante de
la criminalité dans le quartier de prostitution officiel, la ville de Liège a, un temps, misé sur un
projet « innovant » : la création d’un bordel « associatif » ouvert 24h/24, qui aurait abouti, pour
lutter contre le proxénétisme, à transformer une ville entière en proxénète. Le projet a fait flop [1]

Autre idée originale, les « sex box » inventés aux Pays-Bas puis exportés en Allemagne et en
Suisse : des places de parking tenant à la fois des stations service et des toilettes publiques,
équipées d’une porte pour s’enfuir et de boutons d’alarme. On hésite à utiliser le mot « sordide »
mais on n’en voit pas d’autre.

D’autres initiatives ont fleuri en Suisse, vite oubliées : demander aux « clients » de bien se
comporter, eux qui vont précisément voir des prostituées pour s’épargner de ménager une
partenaire qui serait sur un pied d’égalité ; les supplier de signaler celles qui sembleraient être
des victimes de la traite. Demander aux profiteurs du système de se montrer responsables et
d’en dénoncer le fonctionnement ? Ici le mot « aberration » semble le plus approprié.

Organiser un « service sexuel » respectueux, propre et honnête ? Aucun pays à aucune époque
n’a jamais réussi ce défi. Il est donc temps de prendre la question de la prostitution par l’autre
bout. Cesser de vouloir l’aménager, tout faire pour la décourager. C’est le sens de la proposition
de loi actuellement en débat. Sans attendre de miracle sur une question aussi difficile, il n’existe
tout simplement plus d’autre option.

P.-S.

Cet article est paru dans le numéro 185 de notre revue, Prostitution et Société. Pour nous soutenir et nous permettre de continuer à paraître, abonnez-vous !


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