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Point sur les i

Le paiement, prétexte à l’impunité du viol et du féminicide prostitutionnels

octobre 2018, par Sandrine Goldschmidt

Le paiement de la "prestation" sert opportunément aux hommes à assurer leur impunité. Que ce soit dans l’achat d’acte sexuel ou dans le féminicide prostitutionnel. Un prétexte, typique de la stratégie de l’agresseur.

En juin, à Nîmes, une femme prostituée a été assassinée par son « client ». Âgé de 21 ans, ce dernier s’était rendu en forêt pour acheter une prestation sexuelle à cette femme roumaine de 26 ans. Mais il semblerait qu’elle ait voulu augmenter le prix de la prestation. Insatisfait du rapport qualité-prix, « pris d’un coup de colère » selon ses dires, il l’a assassinée de trois coups de couteau, avant de l’écraser alors qu’elle tentait de s’enfuir.
C’est ainsi qu’il a tenté de justifier son acte auprès de la police qui est parvenue à l’interpeller. Que s’est-il donc passé dans la tête de l’assassin ? Se rendant pour acheter le sexe d’une femme au bord de la route, il pensait qu’un ou deux billets de 20 euros suffiraient à l’affranchir de la nécessité de s’assurer du consentement et surtout du désir réciproque de cette femme avant de s’engager avec elle dans une interaction sexuelle.

Voilà bien ce qui est en jeu dans la prostitution : remplacer par un « contrat » commercial (verbal) la nécessité d’engager une interaction humaine avec un.e autre être humain ; s’assurer, avant de satisfaire son désir sexuel, aussi « irrépressible » soit-il, qu’elle ou il en a envie également. Et cela, que la relation soit éphémère ou de longue durée. Cet achat du consentement est le masque qui occulte le véritable objet de l’achat : celui de l’impunité de ce qui, sans ce billet, serait appelé un viol. Et il ne peut en effacer la violence. En effet, si le contrat suffisait à rendre légitime l’échange sexuel ainsi « conclu », le client, en cas de litige, s’en irait la queue basse ou les testicules mal vidées. Il se plaindrait éventuellement... mais n’assassinerait pas son interlocutrice ! A-t-on déjà vu un client de restaurant, insatisfait du dessert commandé, se retourner contre le cuistot et l’assassiner ?
Malheureusement, en matière de prostitution, c’est un fait récurrent. Un fait qui a bien moins à voir avec la législation en place qu’avec la toute puissance éprouvée par l’acheteur de sexe dans le système prostitueur. Ainsi en mai dernier, à Bruxelles, où le recours à la prostitution n’est pas illégal, une autre jeune femme de 21 ans, également d’origine roumaine, a été assassinée par un « client » dans son appartement. Là encore, pour justifier son acte, celui-ci a invoqué son insatisfaction. Il aurait négocié une heure de prestation mais n’aurait pas obtenu le temps imparti, serait revenu le lendemain pour obtenir réparation, comme on rapporte un produit dont on n’est pas satisfait. N’obtenant pas gain de cause, il aurait succombé à la colère. Opportunément muni d’un couteau et d’un marteau, il a littéralement massacré la jeune femme. Ce qui, vous l’admettrez, arrive rarement au client qui se voit refuser l’échange d’un produit acheté...

En observant ces « faits divers » d’une rare violence et d’une banalité atroce, on en vient à poser la question. Est-ce l’argent qui rend ces hommes fous ? Visiblement non, puisque le recours au meurtre n’arrive que lorsqu’il s’agit d’achat de sexe. L’acte de payer, qui semble légitime à quelques uns pour obtenir des « services sexuels », a clairement un rôle plus pernicieux. Celui de prétexte et de justification pour l’agresseur-type, dont on sait que le patriarcat fait tout pour assurer l’impunité.
Achat de l’impunité du viol lors de l’acte prostitutionnel, impunité du féminicide prostitutionnel lorsqu’il n’obtient pas « satisfaction ».


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