dernière mise à jour ¬ 24/03/17 | vendredi 24 mars 2017 | je m'abonne | sommaires

Ce n’est pas la loi qui tue. C’est la prostitution !

octobre 2016, par Claudine Legardinier

Une femme prostituée équatorienne a été assassinée à Nantes dans la nuit du 20 au 21 octobre 2016 [1]. Un homme a reconnu avoir étranglé la jeune femme qu’il fréquentait depuis plusieurs mois et qui s’était rendue à son domicile. Il a avoué avoir brûlé son corps dans un champ.

Un meurtre de plus dans la longue litanie des violences dont sont victimes les personnes prostituées... Une preuve supplémentaire que la prostitution est une activité de haute dangerosité, inséparable des insultes, des menaces, des vols, des coups de couteau, des viols, quand ce n’est pas pire.

Cette violence intolérable n’est plus un secret pour personne. On est d’autant plus médusé quand le Strass, syndicat des travailleurs-ses du sexe, ose s’emparer de ce meurtre pour en faire la conséquence directe de la nouvelle loi qui pénalise les clients.

Nous en avons assez que les morts de nos collègues se succèdent dans l’indifférence générale, dénonce tout à coup le Strass qui prétend constater une augmentation des violences. Selon lui, la loi obligerait les personnes prostituées à se cacher dans des endroits retirés et les clients restants seraient les plus dangereux. En l’occurrence, le meurtre a eu lieu au domicile du "client", lieu où aucun gendarme ne risquait d’être embusqué. Et l’agresseur n’était qu’un habitué comme il y en a tant.

Les agressions et les morts des personnes prostituées se succèdent en effet dans l’indifférence générale. Le Mouvement du Nid [2] ne cesse de le répéter. Mais le fait ne date pas d’avril 2016. On n’en nirait pas de faire la liste macabre de ces meurtres au long des décennies, alors que les "clients" bénéficiaient de l’indulgence de la société tout entière. Le Strass n’avait donc rien remarqué ?

Son indignation est décidément sélective. Pourquoi ne souffle-t-il mot des meurtres et agressions commis dans les pays qui ont donné carte blanche à l’industrie du sexe comme l’Allemagne où ont été répertoriés 57 meurtres depuis 2002 [3] ? La prostitution y a pignon sur rue, les clients prostitueurs y sont invités à "consommer". Pourquoi ne dit-il rien de l’Espagne où la culture du « puticlub » s’est accompagnée du meurtre de 31 femmes prostituées entre 2010 et 2015 [4], en majorité de la main des "clients" ?

Pourquoi présente-t-il la Suède comme un repoussoir alors qu’un seul meurtre y a été relevé depuis le vote de la loi de 1999 qui précisément pénalise les clients prostitueurs ? Meurtre que les partisans de l’industrie du sexe ont bien entendu exploité ad nauseam...

Que l’auto-proclamé syndicat des travailleurs du sexe, discret jusqu’en 2016 sur des faits qui ne pouvaient que desservir la promotion du « métier », choisisse subitement de s’en emparer, montre une seule chose ; qu’il est prêt à instrumentaliser les violences endurées par les personnes prostituées pour servir les intérêts de l’industrie qu’il défend.

P.-S.

Cet article est paru dans le numéro 190 de notre revue, Prostitution et Société. Pour nous soutenir et nous permettre de continuer à paraître, abonnez-vous !

Notes

[120 Minutes Nantes, 10/11/2016.

[2Le Mouvement du Nid, association de soutien aux personnes prostituées, est l’éditeur de la revue Prostitution et Société et de ce présent site.

[3Le site allemand Sexindustry-kills répertorie les meurtres et tentatives de meurtres.

[4El Mundo, 3/04/2016.


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