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Lettre ouverte à Associated Press : 300 associations mettent en garde contre le déni des violences

décembre 2014, par Juliette Quidet-Marty

En octobre 2014, l’Associated Press (AP) a lancé une campagne en ligne à l’occasion de la sortie de son guide 2015 destiné aux journalistes et professionnels des medias. Or, ce guide dénonçait le côté archaïque et stigmatisant du terme prostitution et de ses dérivés. Plus de 300 organisations de défense des droits humains de 40 pays, dont le Mouvement du Nid, ont donc adressé une lettre ouverte à l’Associated Press (AP). Leur requête : ne pas remplacer les mots prostitution et prostituéE par travail du sexe et travailleur/euse du sexe.

Dans cette lettre, les 300 organisations expliquent les dangers de l’utilisation de ces termes, comment ils ne font que légitimer la prostitution et contribuent à masquer d’avantage la violence qui l’accompagne. Elles appellent l’AP à ne pas tomber dans ces termes inventés par l’industrie du sexe qui font du tort à toutes les personnes victimes de l’esclavage sexuel. Le terme de "travailleuse du sexe" suggère à tort que la personne qui est dans la prostitution est le principal agent dans une industrie du sexe brassant plusieurs milliards de dollars. Il rend invisibles et irresponsables les trafiquants, les proxénètes, les propriétaires de maisons closes et de clubs de strip-tease, et les acheteurs de sexe. Ceux-ci s’en prennent tous aux personnes vulnérables ayant des antécédents de pauvreté, d’itinérance et d’agressions sexuelles.

La lettre cherche également à responsabiliser l’AP en tant que figure importante et influente dans le monde du journalisme : Il est de votre responsabilité de vous assurer que le langage que vous utilisez dans vos articles n’induise pas de fausses représentations ou de déni de situations d’oppression. En s’engageant dans un tel chemin, en légitimant ainsi la prostitution et sa violence, il sera permis des termes comme enfant travailleur du sexe lorsqu’il est question de prostitution infantile… Le texte indique les termes qu’il serait le plus juste d’employer, et les moins dégradants : personne prostituéeou personne dans la prostitution plutôt que prostituée ou travailleur/euse du sexe ainsi que prostitution ou industrie du sexe plutôt que travail sexuel.

Pour finir, elle joint les réactions d’une dizaine de personnes survivantes de la prostitution, aujourd’hui militantes, de nationalités différentes. Entre autres, Vednita Carter dénonce le fait qu’il existe depuis trop longtemps une guerre sexuelle contre les femmes et les enfants et la manière dont elle a réussi à se faire légitimer comme le plus vieux métier du monde alors qu’elle est en réalité la plus vieille oppression du monde. Rachel Moran explique : Personnellement, je n’appellerais jamais la prostitution autrement que prostitution, de la même manière que je n’appellerais jamais le viol par un autre mot que viol, tandis que Bridget Perrier relève la violence de cette façon de voir les choses : Le terme "travail du sexe" est une offense. Les abus et l’indignité de ce qui m’a été infligé par les hommes qui ont payé pour me violer ne pourront jamais être considérés comme du travail. La prostitution n’a jamais été mon choix ; c’est elle qui m’a choisie.

Cliquez sur la vignette ci-dessous pour télécharger la Lettre (en anglais) ainsi que les déclarations de plusieurs survivantes de la prostitution à l’égard d’AP.

PDF - 2.1 Mo
Lettre ouverte à Associated Press

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