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Lituanie, Euro de Basket 2011 : les "clients" ne sont pas les bienvenus !

septembre 2011, par Eric Poncelet, Samuel Prieur

Ce 31 août 2011, la Lituanie accueille l’Euro de Basket-ball, événement passionnément suivi dans ce pays où le basket, loin devant le football, est religion. Les pouvoirs publics, craignant une hausse du trafic des femmes pour la « demande de prostitution » des supporters, appuient la campagne originale de deux associations lituaniennes, Caritas et Missing Person’s Families Support Center, qui vise à dissuader les hommes « d’acheter du sexe ».

La Lituanie a un régime prohibitionniste : la prostitution y est formellement interdite sous toutes ses formes, et punie d’une amende. Depuis 2005, la pénalisation s’étend également aux « clients » prostitueurs [1]. À l’instar d’autres régimes prohibitionnistes, la Lituanie conserve un système prostitutionnel enkysté dans une économie souterraine liée aux mafias et aux autres trafics (drogues, armes). La perspective du championnat de basket, suspecté d’amener un boom des trafics de femmes pour la prostitution, a permis, grâce au travail des associations Caritas et Missing Person’s Center, d’initier un tournant qualitatif dans l’intervention publique en matière de prostitution.

Jolita Juskeviciene, de Caritas, souligne un constat brut : La prostitution se développe sur le fait que des hommes pensent qu’ils ont le droit d’acheter des femmes. En conséquence, ce sont les « clients » potentiels qui sont ciblés dans cette campagne originale : le slogan choisi, Real man does not buy sex ! [Un vrai homme ne paie pas pour du sexe !] s’efforce de les dissuader de payer pour faire main basse sur le corps et la sexualité des femmes. Selon Ona Gustiené [2], du Missing Person’s Families Support Center, il s’agit d’informer les acteurs potentiels de la demande, qui en utilisant les services des personnes prostituées, doivent être mis en face de leurs responsabilités.

L’affiche liste également les peines encourues par les « clients » et par toute personne exploitant la prostitution d’autrui, qui s’expose à une peine pouvant aller jusqu’à 8 ans de prison. À ce titre, le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Reda Sirgediene, et Vladimir Jankoitas, représentant des services de police de Vilnius, la capitale du pays, ont annoncé que les efforts seront concentrés dans la surveillance des hôtels et des autres structures susceptibles de profiter de l’afflux de visiteurs pour proposer une « offre » de prostitution.

Mais cette campagne, qui a débuté le 22 août 2011, est aussi un appel à toutes celles et tous ceux qui souhaitent participer à la lutte contre le système prostitutionnel. En effet, outre le slogan destiné à interpeller les potentiels « clients », une autre affiche proclame : We stand against prostitution and human trafficking, join us ! [Nous sommes contre la prostitution et les trafics des êtres humains, rejoignez nous !], pour sensibiliser et mobiliser l’opinion publique.
À souligner, la campagne est financée conjointement par l’ambassade des Etats-Unis et, aussi étonnant qu’il soit, par l’ambassade des Pays-Bas.

Pour comprendre l’ampleur de l’événement, ces quelques chiffres, impressionnants pour un pays grand comme deux fois la Bourgogne : 1 600 affiches sont placardées dans des lieux stratégiques, tels que les bars et les discothèques ; 10 000 tracts sont distribués ; de grandes affiches de 6mx3m dominent des axes très fréquentés, et même circulent sur des camionnettes à travers Vilnius. Les affiches se retrouvent aussi sur les bus et les arrêts de bus des villes accueillant des matchs du championnat, durant toute la durée de la compétition. Pour compléter ce dispositif, les représentants des différents partenaires s’installent dans toutes les villes où se tient l’Euro pour relayer la campagne dans les « Festival Camps », où chacun peut s’informer et se divertir. En comptant les spots radios, les interventions télévisées, les articles dans la presse et sur internet, il est sûr que peu de monde ignorera cette campagne...

Même si selon les associations lituaniennes, un changement de politique face à la prostitution n’est pas pour demain, ce travail de sensibilisation autour de la prostitution et des trafics, qui cible spécifiquement les « clients » prostitueurs, a l’originalité d’être soutenu largement par les autorités lituaniennes. Un bon présage ? Les associations, quoi qu’il en soit, pèsent de tout leur poids pour en finir avec le prohibitionnisme et conduire la Lituanie à adopter le néo-abolitionnisme, pour mettre un terme à la pénalisation des personnes prostituées.

Ne manque plus que des sportifs s’engagent aussi pour élever les débats. Le basketball étant pratiqué par des garçons mesurant entre 1m90 et 2m10 voir un peu plus… espérons que la chose soit plus facile qu’avec les footballeurs !

Notes

[1Le ministère de l’Intérieur lituanien reconnaissait en 2006 la pénalisation de 277 personnes prostituées, contre... 4 « clients », selon Tampep, Lithuania National Report 2007.

[2Cette citation et les suivantes proviennent de Baltic News Services - Kauno Diena, 22 août 2011.


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