dernière mise à jour ¬ 13/12/17 | mercredi 13 décembre 2017 | je m'abonne | sommaires

Mélanie Muller

Hôtesse

Éditions Blanche

juin 2010, par Elise Guiraud

Laure a vingt-cinq ans, peu de perspectives et un problème d’alcoolisme. La nuit venue, elle discute avec une interlocutrice imaginaire, la solitude, et se sent mourir d’ennui. Fascinée de longue date par la féminité au service des hommes que symbolisent selon elle les bordels, elle se fait "hôtesse" dans un "bar montant".

L’héroïne traverse un parcours initiatique, confrontée au mensonge perpétuel — maquerelles, "filles" et "clients" mentant à qui mieux mieux pour tirer le plus de profit les uns des autres — et au besoin destructeur de mesurer sa "valeur". Elle qui sort d’une relation où elle s’est parfois sentie abandonnée sur la route comme un clébard lâché par ses maîtres, elle découvre dans la prostitution qu’elle a un prix, des compétences insoupçonnées : un vrai métier, hôtesse, ce n’est pas donné à tout le monde de savoir s’occuper des barjots ; se pense transformée en guerrière, en battante, en Femme.

Au fil de mésaventures cruelles ou absurdes, rendues plus digestes grâce à l’humour noir toujours présent, Laure met à jour la réalité sous la pacotille, ausculte les représentations sexistes qui pourrissent les relations entre les hommes et les femmes, le "bar montant" faisant office de lentille grossissante.

S’apercevant bientôt qu’elle ne gagne que juste assez d’argent pour continuer à [se] prostituer, elle flaire des motifs moins évidents que "l’appat du gain" à l’exercice de son "métier".
Elle se demande pourquoi elle et ses compagnes d’infortune sont si tolérantes avec les clients et si peu exigentes pour elles-mêmes : on tombe vraiment amoureuse de n’importe quoi. Violée par un "client", elle se sent dépassée par les événements, se reproche d’exagérer le crime dont elle est victime, ne parvient qu’à réclamer que l’agresseur mette un préservatif (…) ce consentement insensé me mortifie.

C’est cet insensé que Mélanie Muller travaille, la soumission à l’arrogance des "clients" qui choisissent "l’hôtesse" de préférence aux "putes du trottoir", car en payant dix fois plus ils s’imaginent avoir droit à dix fois plus ; la violence de ce "droit" qu’ils s’arrogent, qui fait se recroqueviller Laure au fond d’elle-même, comme si je n’étais plus là et qu’une autre prenait le relais (…) s’occupe de tout (…) s’empare de ma vie.

Hôtesse est ainsi une habile réflexion sur les mécanismes qui rendent possibles l’asservissement, travesti en "consentement" et s’imposant bientôt comme seul horizon possible : Je crois que l’on devient prostituée comme on devient alcoolique. D’abord on s’imagine être libre, diriger la manoeuvre (…) très vite on se laisse submerger par des diktats incompréhensibles (…) on perd le contrôle.

P.-S.

Pubié dans Prostitution et Société numéro 166.


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