dernière mise à jour ¬ 04/11/16 | vendredi 4 novembre 2016 | je m'abonne | sommaires

Jeanne Cordelier

Reconstruction

Phébus, 2010

juin 2010, par Elise Guiraud

Avec la force d’évocation dont elle est coutumière, Jeanne Cordelier, l’auteure de La Dérobade, publie Reconstruction, un livre autobiographique animé d’un puissant appétit de vivre et d’une égale fureur.

Reconstruction, le bien-nommé, débute au sortir de l’aventure américaine narrée dans À l’arraché. On suit les ultimes efforts de l’auteure pour enfin se libérer toute entière du "milieu" et du système prostitutionnel, tandis que, telles les répliques d’un séisme, les difficultés qu’elle rencontre font rejaillir les réflexes enfouis. Comment se retrouver, après des années à s’effacer sous la coercition de la famille, des proxos, des clients : Couchée ! Assise ! on tend la patte, on fait la belle. J’ai été bien dressée. 

Alors Jeanne Cordelier se démène, espère gagner à la liberté ses “soeurs” en prostitution - Mon programme était : désertion immédiate de tous les bordels, les mecs n’auraient qu’à se pogner ! - accompagne de toutes ses forces le succès de la Dérobade, tient tête à ceux que ses victoires désolent : son ancien proxénète, les médecins qui imaginent qu’une putain, même rangée, est inapte à devenir mère, les hommes qui s’obstinent à ne voir en elle qu’un capital à exploiter, d’une façon ou d’une autre : Combien de temps les hommes allaient-ils encore fantasmer sur moi comme pute, et combien de temps allais-je encore me laisser manger la laine sur le dos ? 

La libération, c’est en Suède (...) où la voix des femmes était entendue, qu’elle peut la parachever, aux côtés de son amoureux, un homme incapable de ne pas respecter les femmes ; c’est en Suède, le pays où les hommes n’achètent pas le corps des femmes, qu’elle veut que son fils grandisse.

Elle se cherche (...) avais-je une vocation ? (...) bien sûr que j’avais une vocation, un jour je serai hurleuse. Et je hurlerai si fort, avec tant de rage, que le vent lui-même s’écartera de ma route. On ne se lasse pas d’accompagner Jeanne Cordelier sur la “route” qu’elle emprunte, exaltante, entre hurlements et mots d’amour.

P.-S.

À lire aussi : http://www.jeannecordelier.fr/

Article publié dans Prostitution et Société numéro 166.


© 1996-2016 Prostitution et Société | S'abonnerNuméros antérieursMentions Légales | Aide | Contact

Haut