dernière mise à jour ¬ 07/12/17 | jeudi 7 décembre 2017 | je m'abonne | sommaires

Patric Jean

Pas "client"

Blackmoon production, 2014

avril 2014, par Claudine Legardinier

Voici un plaidoyer abolitionniste », écrit par un "bénéficiaire" potentiel de la prostitution : un homme qui avoue se surprendre encore trop souvent en flagrant délit de mec.

Athée, libre penseur, plutôt libertaire, Patric Jean dénonce dans la prostitution, qu’il fait rimer avec domination et prédation, un rapport culturel de sexe où nous sommes les dominants, les colons, les maîtres, les propriétaires, les patrons.

Porte-parole des Zeromacho, engagé contre le masculinisme, son documentaire La Domination masculine (2010) le fait connaître du grand public. Patric Jean n’a jamais été client. Mais sa position d’homme blanc, instruit, hétérosexuel, confronté aux films porno, et à l’armée, aux gradés alcooliques amateurs de bordels, l’a conduit à réfléchir.

En tant que cinéaste, il dit avoir par deux fois contemplé l’enfer : en prison et dans la prostitution. En tant qu’homme, il partage son effarement à la lecture des forums Internet, où des « clients » expriment une indifférence glaciale à la détresse des femmes qu’ils paient ou se vantent de les brutaliser. Il voit dans le "client" l’héritier du colonisateur, coupable de faire perdurer l’esclavage sexuel des "Tonkinoises" d’hier aux "Thaïlandaises" aujourd’hui.

Il s’interroge : pourquoi tant d’associations, de personnalités derrière la cause des proxénètes ? Il épingle le mépris social, doublé de racisme, des défenseurs de la prostitution qui inventent une liberté qui les arrange pour des femmes pauvres, le plus souvent immigrées. Et, sur le modèle des "syndicats du travail sexuel", il décrit le jeu de dupes que serait un syndicat s’ingéniant à limiter les risques encourus par les membres d’une profession... tout en ménageant les intérêts de ceux qui les exploitent.

Pour lui, la pensée capitaliste répand une culture qui repositionne une bonne partie de l’humanité dans des catégories que les révolutions devraient avoir abolies : maîtres et esclaves. Il rappelle des vérités toutes simples : le plaisir sexuel, comme l’amour, ce n’est pas un droit. C’est une chance.


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