dernière mise à jour ¬ 22/05/17 | lundi 22 mai 2017 | je m'abonne | sommaires

Patrizia Romito

Un silence de mortes. La violence masculine occultée

Editions Syllepse, 2006.

janvier 2007, par Elise Guiraud

Cet ouvrage soigneusement documenté traite, selon les propres mots de son auteure, des violences sur les femmes et les enfants, et des mécanismes sociaux qui permettent de minimiser voire de nier ces violences, pour finalement les occulter.

Avec une belle méthode, Patrizia Romito décrit les tactiques développées par la société dans son besoin impérieux de disculper les hommes coupables de violences.
Ses analyses exposent en pleine lumière les manœuvres cosmétiques qui atténuent la responsabilité des criminels, discréditent les plaintes de leurs victimes et entretiennent la confusion, puis la résignation face aux brutalités sexistes.
Car les justifications et la complaisance réservées aux hommes criminels, dans le but avoué de maintenir l’ordre patriarcal, produisent un vacarme de nature à couvrir la voix des victimes.

Appliqué au système prostitutionel, le raisonnement permet d’identifier des stratagèmes bien rodés, tels que : l’euphémisation, qui permet de désigner les hommes prostitueurs par le neutre "client" comme s’il s’agissait d’une transaction commerciale quelconque ; la déshumanisation des victimes, comme dans la pornographie ; la compartimentation, pour mieux désorienter :

en opposant prostitution libre à prostitution forcée, ou prostitution des femmes adultes à prostitution des petites filles (...) on arrive à faire passer les premiers termes de l’opposition pour des pratiques sociales légitimes et même légales, à l’opposé des secondes

Cet incroyable montage idéologique prône enfin que les personnes prostituées peuvent soit revendiquer fièrement la joie d’être dominées et exploitées, soit écoper du vocable infamant de victime passive si elles font le choix courageux de dénoncer leur situation.

En effet, l’une des grandes trouvailles de l’entreprise menée contre l’émancipation des femmes est de prétendre qu’on ne peut être à la fois agissant et opprimé ; (...) à défaut de bonnes conditions, se reconnaître victime s’avère trop douloureux, humiliant et peut-être inutile.

Contre ces difficultés, et les multiples obstacles mis en place pour organiser l’aveuglement face aux violences sexistes, l’ouvrage de Patrizia Romito est de nature à alimenter la hardiesse intellectuelle qui fonde notre droit à réorganiser le monde dont elle se réclame.

P.-S.

Publié dans Prostitution et Société, Numéro 155 / octobre - décembre 2006.


© 1996-2017 Prostitution et Société | S'abonnerNuméros antérieursMentions Légales | Aide | Contact

Haut