dernière mise à jour ¬ 07/09/17 | jeudi 7 septembre 2017 | je m'abonne | sommaires

Andrea Dworkin

Pouvoir et violence sexiste

Éditions Sisyphe, 2007.

juillet 2007, par Elise Guiraud

« La prostitution, qu’est-ce que c’est ? C’est l’utilisation du corps d’une femme pour du sexe par un homme ; il donne de l’argent, il fait ce qu’il veut. Dès que vous vous éloignez de ce que c’est réellement, vous vous éloignez du monde de la prostitution pour passer au monde des idées. »

Pour la première fois disponibles en français grâce à Martin Dufresne et aux Éditions Sisyphe, voici plusieurs textes salutaires signés Andrea Dworkin, féministe américaine disparue en 2005.

Souvent caricaturée et encore largement sous-estimée, l’œuvre d’Andrea Dworkin offre une analyse puissante de la domination masculine et du patriarcat, au sein de laquelle la rigueur intellectuelle n’exclut pas une grande empathie avec les victimes des violences qu’elle dénonce : femmes battues, violées, prostituées, Andrea Dworkin fut aussi l’une d’entre elles.

Au sujet de la prostitution, qu’elle qualifie d’échelon de base de la domination masculine, Andrea Dworkin écrivait : La répétition vous tuera si ce n’est pas l’homme qui le fait. (...) La prostitution à elle seule constitue de la violence contre le corps d’une femme.
Celles d’entre nous qui disent cela sont accusées de simplisme. Mais la prostitution est très simple. Et si vous ne la regardez pas simplement, vous ne la comprendrez jamais.

Extraits

Pour évoquer la lucidité, la finesse et la force de conviction des productions d’Andrea Dworkin, nous nous permettons de laisser parler d’eux-mêmes ces quelques extraits des textes (certains sont des discours) traduits lumineusement par Martin Dufresne.

Nous savons pleurer. La vraie question est : comment nous défendre ?

La chimère masculine voulant que les femmes aient le pouvoir sexuel (provoquent des érections) exempte commodément les hommes de toute responsabilité pour les conséquences de leurs actes et notamment de leurs actes de conquête sexuelle.

[en prostitution] Vous ne pouvez prendre pour acquis que vous serez encore vivante dans la minute qui vient. Vous ne le pouvez pas et vous ne le faites pas. Si vous le faites vous êtes stupide, et être stupide dans le monde de la prostitution, c’est être blessée, c’est être morte.

La prostitution, qu’est-ce que c’est ? C’est l’utilisation du corps d’une femme pour du sexe par un homme ; il donne de l’argent, il fait ce qu’il veut. Dès que vous vous éloignez de ce que c’est réellement, vous vous éloignez du monde de la prostitution pour passer au monde des idées.

Les circonstances n’atténuent pas, ne modifient pas ce qu’est la prostitution.

Vous donnez de l’argent à une femme et soudain, quoique vous lui ayez fait, elle l’a voulu, elle l’a mérité.

Les sociétés sont organisées de façon à fournir aux hommes le pouvoir (...) d’utiliser les femmes comme ils le veulent. Les sociétés [contribuent à] créer une population de femmes qui sont prostituées.

Nous devons affronter la question de la prostitution : pas comme une question à débattre, mais comme question de vie ou de mort.

Tant qu’il y aura des consommateurs, des prostituées seront créées ; et pour créer l’offre nécessaire (et désirée) de prostituées, des enfants doivent être violés, appauvris, sans abri. Nous ne pouvons accepter cela ; nous ne pouvons pas accepter la prostitution.

Les hommes sont-ils ou non propriétaires des femmes ? Si les hommes peuvent acheter et vendre des femmes au coin des rues, alors oui, les hommes sont propriétaires des femmes.

P.-S.

À lire également :

Prostitution et domination masculine, un texte fondateur d’Andrea Dworkin sur le système prostitutionnel.


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