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Geneviève Duché

Non au système prostitutionnel

Éditions Persée, 2016

juin 2016, par Christine Laouénan

Geneviève Duché, présidente de l’Amicale du Nid, entreprend dans cet ouvrage une analyse féministe et abolitionniste du système prostitutionnel. Des arguments solides, des données théoriques et des situations tirées de l’expérience acquise à l’Amicale étayent ce plaidoyer utile à chaque militantE pour les droits des femmes.

Dès le titre de l’ouvrage, l’auteure affirme d’emblée ses valeurs. Elle refuse le système prostitutionnel en tant que système de domination où les prostitueurs s’approprient le corps des femmes, considéré comme une marchandise. L’acte sexuel y est banalisé (...) pour mieux dénier les violences subies par les personnes prostituées, commente Geneviève Duché. Il faut le répéter et le hurler peut-être : ce n’est pas la nature ou l’essence des hommes et des femmes qui produit la prostitution, c’est la culture et l’organisation sociale, ses rapports de force et de domination.

S’appuyant sur l’expérience des professionnelLEs de son association, qui accompagnent les personnes prostituées, cette universitaire montre que le basculement dans la prostitution est plus un naufrage qu’un choix (...) les personnes (...) se battent, se débattent, voire s’annihilent pour ne plus sentir le dégoût, la peur et la souffrance.

Évoquant les violences subies dans le contexte familial, les vulnérabilités, l’auteure rejette avec force la mascarade de la prostitution comme un choix, où la femme est libre quand elle se met au service de l’homme et ne cherche qu’à le faire jouir. Des arguments sans fondement, mais surtout toxiques ! En effet, c’est d’une certaine façon, dire aux prostituées, c’est vous les salopes, vous avez choisi l’argent et le sexe, ce qui vous arrive, vous l’avez voulu, souligne avec justesse Geneviève Duché.

Ceux qui militent en faveur d’une normalisation de la prostitution en prétendant défendre les "travailleurs du sexe" infligent une double peine aux personnes qui se sentent déjà suffisamment honteuses et coupables de mener une activité prostitutionnelle.

Combattre la domination masculine

L’auteure se porte en faux contre ceux qui, au nom de la liberté sexuelle, estiment qu’ils peuvent satisfaire leurs pulsions sexuelles sur des personnes qu’ils chosifient. Si la sexualité relève de l’espace intime, le principe de dignité interdit de réifier l’être humain en l’utilisant comme une chose, c’est-à-dire en l’asservissant entièrement à une autre fin que lui-même.

Pourquoi la violence masculine (viols, proxénétisme, violences dans le couple, dans l’espace public, à l’école...) ne cède-t-elle pas ? s’interroge l’auteure. C’est comme si la libération engendrait des frustrations du côté de ceux qui pensaient en profiter sans limite (...) et se heurtent aux (...) attentes des femmes demandant (...) fort légitimement du respect et du plaisir.

La présidente de l’Amicale du Nid en conclut que le recours à la prostitution pourrait être une sorte de fuite, une angoisse de ne pas être à la hauteur, le moyen de montrer sa puissance et sa capacité de domination dans un monde où la place de chacunE est remise en question, et particulièrement par les justes revendications féministes.

Le combat abolitionniste a force de loi

Cet ouvrage, sorti peu avant la loi du 13 avril 2016, rappelle que l’abolitionnisme vise un un système social d’égalité et de liberté. À la pénalisation du client, Geneviève Duché préfère substituer le terme de responsabilité pénale qui met davantage en lumière le rôle pédagogique de la loi : c’est d’affirmer ce qui est tolérable ou non dans une société.

À ceux qui doutent du bien-fondé de l’abolitionnisme, l’auteure dépeint les échecs patents du réglementarisme chez nos voisins européens et relève non sans ironie que l’Allemagne a été tentée de pénaliser une chômeuse qui refusait un emploi dans un bordel.

Geneviève Duché rappelle enfin que la prostitution et sa conséquence, la traite des êtres humains, est une atteinte fondamentale aux droits humains et un problème politique national et international.
Nous saluons cet ouvrage et le travail accompli par la présidente de l’Amicale du Nid dont nous partageons pleinement les vues.

P.-S.

Cet article est paru dans le numéro 188 de notre revue, Prostitution et Société. Pour nous soutenir et nous permettre de continuer à paraître, abonnez-vous !


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