dernière mise à jour ¬ 26/04/17 | mercredi 26 avril 2017 | je m'abonne | sommaires

Nicole Castioni

Le soleil au bout de la nuit

Albin Michel, 1999.

janvier 2005, par Claudine Legardinier

Récit autobiographique, ce livre conte l’histoire incroyable d’une jeune femme suisse passée de la prostitution au statut de conseillère municipale puis de députée et militante associative. Un itinéraire peu commun.

Violée à huit ans, Nicole, comme beaucoup d’autres, se vengera sur elle-même. Très simplement, elle décrit un itinéraire implacable, démonte l’engrenage qui a fait d’elle Gilda, droguée à en crever, pute à en crever.

Tout est en place pour la modeler pour la prostitution : une blessure profonde, le viol, une éducation fondée sur le paraître et la séduction, un aveuglement acharné des parents. Un séduisant proxénète à Ferrari rouge mettra la situation à profit en travaillant la jeune fille en vrai professionnel. Qu’importe que Nicole vomisse après son premier client.

Une oeuvre lucide

Le moins que l’on puisse dire est que l’on est ici à mille lieues de l’apologie de la prostitution : petits caïds, machisme, frime, esclavage de la coke, racisme, agressions et meurtres, le tableau est sans concession. Les macs apparaissent comme des pantins, les clients comme de pauvres types. La soi-disant "prostitution haut-de-gamme" est rendue à sa vraie place avec ses millionaires obèses et vulgaires.

C’est peu de dire que Nicole Castioni est lucide sur la haine et le mépris de la femme à l’œuvre dans la prostitution. À juste titre, elle dénonce la violence, la déconsidération, la dégradation qui l’accompagnent. Elle pose de bonnes questions : Si les prostitués étaient des hommes, et les clients des femmes, qui l’accepterait ? Qui viendrait nous parler de la nature humaine ? ou encore, comme un cri du cœur : Cela cessera-t-il un jour ?

Bref, elle dénonce un martyre rampant et refuse la complaisance.

Faut-il se résigner ?

Elle souhaite, et nous avec elle, que les prostituées cessent de se sentir “sales” comme on leur répète, depuis la nuit des temps, qu’elle le sont. Elle suggère de prévenir, de parler et d’écouter. Fort bien. Mais alors, comment comprendre que tant de souffrance, tant de justesse d’analyse conduisent subitement à cette phrase : C’est entendu, on ne supprimera pas la prostitution. Mais est-il impossible qu’elle devienne presque un métier comme les autres (...) un métier reposant sur l’échange et la compréhension ? Sur le respect ?

Avouons-le, les bras nous en tombent. Comment, dans le même temps, dénoncer la détresse, l’exploitation éhontée, l’esclavage, et rêver à leur aménagement propre, coquet et bourgeois ? Comment supposer que le rapport prostitutionnel, fondé précisément sur le mépris de l’autre, devienne un beau matin le lieu de la confiance mutuelle et de la rencontre chaleureuse ?

Comment légitimer, au nom de l’argent, l’usage d’un corps, lorsque l’on sait mieux que personne à quel point il est destructeur ?

On est à la dernière page devant un mystère...

P.-S.

Une critique parue dans Prostitution & Sociéténuméro 123 / octobre - décembre 1998.


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