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Richard Poulin

UNE CULTURE D’AGRESSION / Masculinités, industries du sexe, meurtres en série et de masse

M Editeur

janvier 2018, par Claudine Legardinier

Prostitution, pornographie, meurtres en série. Richard Poulin, professeur de sociologie à Ottawa et à l’Institut de recherches et d’études féministes de l’UQAM, analyse la « culture d’agression » qui irrigue l’ensemble de nos sociétés. Sa salutaire attaque contre les « valeurs » de masculinité et de virilité ne pouvait pas mieux tomber.

Spécialiste depuis trois décennies des questions de prostitution et d’exploitation sexuelle filmée (pornographie)1, Richard Poulin étend aujourd’hui sa réflexion aux meurtres en série. Et frappe cette fois encore plus fort ; car le fil qu’il tend entre ces sujets à première vue différents saisit par sa pertinence. Au delà de la « culture du viol » aujourd’hui dénoncée, il explore les ressorts plus larges d’une « culture d’agression » clairement sexiste et raciste.

Le constat est radical. La violence sexuelle est généralisée, qu’elle ait lieu dans le cadre des relations de couple ou contre des inconnues. Et elle est masculine, jusqu’au meurtre. Depuis les années 1990, 89,8 % des auteurs de meurtres de masse sont des hommes qui ciblent le plus souvent les femmes (notamment prostituées), les classes dominées et les minorités ethniques. Pour l’auteur, loin d’une problématique personnelle propre aux meurtriers, insuffisante à expliquer les faits, on assiste là à « une excroissance de la société et de son fonctionnement structurel ».

Ce que Richard Poulin ose courageusement remettre en cause, à point nommé au moment où se libère la parole des femmes, c’est la culture dominante de la masculinité. Pour lui, ces meurtres sont largement le produit d’une conception de la virilité promue par les médias de masse, les sports, les jeux vidéo mais aussi par les industries du sexe, notamment la pornographie, consommée de plus en plus jeune. La « libération sexuelle » en prend pour son grade, elle qui a surtout imposé un « nouvel ordre sexuel tyrannique » et « des rapports sexuels focalisés sur le plaisir masculin et la génitalité ».

« Objectifier les femmes permet tantôt de les échanger comme des commodités dans une économie vaginale industrialisée et mondialisée », au coin de la rue ou en ligne, tantôt de violenter, voire tuer, « une chose qui nous appartient," résume l’auteur. Merci à lui de contribuer ici vigoureusement à « briser le silence ».
 

P.-S.

1-La mondialisation des industries du sexe, Imago, 2005.


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