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Malka Marovich

L’autre héritage de 68 : la face cachée de la révolution sexuelle

Albin Michel

février 2018, par Claudine Legardinier

Enfant en mai 68, adolescente au moment de la loi Veil, historienne, féministe, abolitionniste, Malka Marcovich saisit 68 à rebrousse poil. Alors que tout un chacun s’accorde à vanter la libération de la sexualité que cette « révolution » aurait permise, elle jette un pavé dans la mare.

Loin d’elle l’idée d’effacer les acquis, réels, du mois de mai ou de prêcher les bienfaits du temps d’avant. Simplement, elle estime le temps venu de briser le silence qui enveloppe les violences subies pendant ces années de « liberté », une liberté souvent vécue par les plus jeunes aux conditions des dominants. Bref, d’énoncer les dérives de la « révolution sexuelle ».

Au moyen de nombreux entretiens et de mois passés à compulser livres, films et documentaires, elle propose d’abord de sonder le terreau qui a vu germer 68 : avortements clandestins, contrôle des naissances, rock’n’roll, Brigitte Bardot à St Trop… Elle revisite ensuite, dans le sillage de mai 68, la naissance d’une société du tout sexuel : explosion de la pornographie, avènement de la sexologie, banalisation de la transgression. C’est le temps où les films Emmanuelle, Histoire d’O ou Le dernier tango à Paris (où l’actrice Maria Schneider est violée par Marlon Brando en accord avec le réalisateur Bertolucci) sont portés aux nues, où Les valseuses livrent une version romantique du viol. Le photographe David Hamilton inonde le pays de ses nymphettes, Léonid Kameneff passe pour un bienfaiteur de la jeunesse sur son Ecole en bateau, avant qu’éclate la longue liste des plaintes pour agressions sexuelles et viols. Une pétition dans Le Monde, aux prestigieuses signatures, soutient deux pédophiles passibles de la Cour d’Assises sur l’argument des « enfants consentants ». Et des jeunes femmes se lancent dans la prostitution en y voyant un geste d’émancipation…

Paradoxalement, 68 va aussi permettre la libération de la parole des femmes, le procès de Bobigny (1972) et bientôt le premier procès pour viol devant une Cour d’Assises (1978). Pour l’auteure, il s’agit aujourd’hui de tirer de cette période les enseignements nécessaires. A l’heure où le choix se réduit entre voile ou sexe marchandise, à nous de trouver la voie entre pseudo-liberté prédatrice ou nouvel obscurantisme. Loin de tous les dogmes.


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