dernière mise à jour ¬ 27/04/17 | jeudi 27 avril 2017 | je m'abonne | sommaires

François Ozon

Jeune et Jolie

2013

septembre 2013, par Muriel Lhermé

Le spectateur est renvoyé à un grand vide inconfortable, dont semble s’amuser François Ozon. Voulant évoquer la sexualité féminine, le réalisateur ne fait que retrouver les clichés machistes du Bunuel de Belle de Jour.

Jeune et Jolie ? Certes, et la plastique de Marine Vacth nous est complaisamment montrée dès les premières minutes du film. Jeune, jolie et d’une indifférence quasi pathologique, que les quelques larmes versées à la fin du film peinent à faire oublier.

Ayant formé le projet de raconter une année dans la vie d’une adolescente de 17 ans, Isabelle, François Ozon la rythme en quatre saisons et quatre chansons — mélancoliques — de Françoise Hardy. Le propos aurait pu donner lieu à une chronique en demi-teintes d’une rêveuse bourgeoise des beaux quartiers parisiens. Que vient donc faire la prostitution de son héroïne (Léa sur Internet) dans ce quotidien aisé et lisse ? Nulle « explication » sociale ne nous est donc donnée, mais pas davantage d’approche psychologique ou affective… le spectateur est renvoyé à un grand vide inconfortable, dont semble s’amuser le réalisateur.

Quant à la représentation de la prostitution — de luxe bien sûr — , elle accumule les lieux communs : le client âgé et gentil, le client jeune et brutal, le client amoureux… dans des scènes d’hôtel ou de voiture à la succession mécanique.

S’il s’agissait de montrer une adolescente qui s’ennuie et considère la prostitution comme une expérience (comme le dit la jeune fille au psy imposé par une mère sous le choc), le film rate son objet puisque nous restons indifférents au personnage, mais la gêne succède à l’ennui, dans une des scènes finales du film où Alice (Charlotte Rampling) dont l’époux est mort dans les bras d’Isabelle/Léa rencontre la jeune fille et lui avoue son inévitable fantasme : si j’avais été moins timide et plus aventureuse, j’aurais aimé que les hommes paient pour faire l’amour avec moi !

Fantasme de femme, comme l’avait dit Ozon dans une interview peu de temps après la sortie du film, et qui avait soulevé, à juste titre, une cascade de réactions [1] ? Fantasme, plus sûrement, d’un réalisateur qui, voulant évoquer la sexualité féminine, ne fait que retrouver les clichés machistes du Bunuel de Belle de Jour.


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