dernière mise à jour ¬ 11/05/20 | lundi 11 mai 2020 | je m'abonne | sommaires

La prostitution, une fatalité pour la littérature ?

Edmond de Goncourt

septembre 2019, par Christine Laouénan

La prostitution constitue et a toujours constitué un thème privilégié de la littérature.
Aussi, nous a-t-il paru important de mettre en lumière la façon dont elle est dépeinte par les romanciers.
Dans cette rubrique, les citations littéraires sont mises en parallèle avec les témoignages actuels des personnes prostituées, comme des "clients".
Une mise en perspective riche d’enseignements…

"Elisa s’était faite prostituée, (...) naturellement"

« Elisa s’était donnée au premier venu. Elisa s’était faite prostituée, simplement, naturellement, presque sans un soulèvement de la conscience. Sa jeunesse avait eu une telle habitude de voir, dans la prostitution, l’état le plus ordinaire de son sexe ! Sa mère faisait si peu de différence entre les femmes en cartes et les autres… les femmes honnêtes. Depuis de nombreuses années, en sa vie de garde-malade près des filles, elle les entendait se servir avec une conviction si profonde du mot travailler, pour définir l’exercice de leur métier, qu’elle en était venue à considérer la vente et le débit de l’amour comme une profession un peu moins laborieuse, un peu moins pénible que les autres, une profession où il n’y avait pas de morte-saison.

La fille Elisa, Edmond de Goncourt, Zulma poche, 2004, p26.

Si Elisa considère, dans ce roman d’Edmond de Goncourt, comme une fatalité, un déterminisme sa vie dans un bordel, le récit révèle l’injustice sociale et les blessures familiales qui contribuent largement à l’entrée dans la prostitution.

La plupart des jeunes femmes qui sont avec elle dans la maison de passe, sont des bonnes de la campagne qui ont été séduites puis renvoyées par leur maître. Quant à Elsa, elle a vécu une enfance misérable auprès d’une mère, sage-femme cupide, qui a faussé sa vision du monde.

Témoignage de Julie, Prostitution et société, n°175

J’ai grandi dans une famille toxique. A 8 ans, j’ai vu mon père frapper ma mère jusqu’au sang. A nous aussi, il cassait la figure ; aux aînés surtout. Après le divorce de mes parents, j’ai choisi d’habiter avec ma mère. Elle était anorexique, elle volait, elle buvait, elle ramenait des hommes à la maison. Moi, je fuyais dans les bistrots. Un jour, elle a appelé la Ddass et je suis partie. J’ai arrêté le lycée, j’avais 16 ans. Je sais ce que ma mère dirait si elle apprenait ce que je fais : "Ca ne m’étonne pas, tu ne pouvais finir que comme ça."

Témoignage de Sonia, Prostitution et Société, n° 180

En relisant l’histoire de ma famille, il y a de quoi être perturbée. J’ai eu un oncle qui était proxénète ; un pur et dur. Ma mère a été serveuse de bar, habillée en "pute". Son premier mari avait voulu la mettre sur le trottoir. Mon père, lui, a été amoureux d’une prostituée qui appartenait à mon oncle. Moi qui m’intéresse à la psychogénéalogie, au refoulé généalogique, je ne peux pas ne pas m’interroger…

Témoignage d’Anaïs, Prostitution et Société n° 141

Je suis restée plus de trois ans avec lui. Il a profité du fait que je n’avais pas de famille, pas d’amis… Pendant toutes ces années, j’ai souvent dit que j’allais partir. Il me disait : "tu vas faire comme ta mère". Ma mère était prostituée et elle m’a abandonnée. Ça marchait, je me sentais coupable.


Citations en miroir

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