dernière mise à jour ¬ 11/12/18 | mardi 11 décembre 2018 | je m'abonne | sommaires

Il fallait rehausser le drapeau de ma virilité.

Michel Polnareff

mars 2018, par Christine Laouénan

La prostitution constitue et a toujours constitué un thème privilégié de la littérature.
Aussi, nous a-t-il paru important de mettre en lumière la façon dont elle est dépeinte par les romanciers.
Dans cette rubrique, les citations littéraires sont mises en parallèle avec les témoignages actuels des personnes prostituées, comme des clients.
Aujourd’hui, nous quittons la littérature pour nous intéresser à l’autobiographie d’un célèbre auteur de chansons populaires : Michel Polnareff.

Il fallait rehausser le drapeau de ma virilité.

Les deux citations sont tirées de Spèrme, Michel Polnareff, éditions de Noyelles, 2016, p47 et p145.

J’ai toujours eu beaucoup de respect pour les prostituées. Je les trouve très courageuses et très utiles à une société malade de solitude. Je suis sûr qu’elles empêchent beaucoup de viols. Avec elles, il n’y a pas de tromperie ; c’est bien sous tous les plans. Et tous les angles. J’ai entamé une véritable thérapie avec ces professionnelles qui vous donnent des cours de rééducation sexuelle, et, parfois, vous coûtent beaucoup moins cher que les autres.

J’ai eu recours aux services de quelques filles de joie. Ces rapports tarifés m’ont fait beaucoup de bien à une certaine époque où ma libido était en berne. Il fallait rehausser le drapeau de ma virilité. Je n’ai aucune honte à parler de ça.

  • J’ai toujours eu beaucoup de respect pour les prostituées...
    Michel Polnareff

Ils n’acceptent jamais qu’on leur dise non.

Les clients ? Ils n’acceptent jamais qu’on leur dise non. Ou c’est tout de suite les insultes. Ils en deviennent méchants. Mais eux vous plantent sans problème. Si on est escort, on doit tout accepter.

Une escorte témoigne, Prostitution et Société n°153.

  • Je les trouve très courageuses et très utiles à une société malade de solitude...
    Michel Polnareff

Les discours qu’ils avancent pour se justifier me révoltent.

Il y a énormément de travail à faire. Ce qui me tient à cœur, ce sont les clients. Leur faire prendre conscience. Les discours qu’ils avancent pour se justifier me révoltent. J’ai envie de hurler mon indignation et ma colère.

Laurence Noëlle, survivante de la prostitution, formatrice et auteure de Renaître de ses hontes (éditions Le Passeur, 2013), entretien paru dans Prostitution et Société n° 179.

  • Je suis sûr qu’elles empêchent beaucoup de viols.
    Michel Polnareff

Il y a des viols, des agressions.

Les clients m’horrifiaient, j’en fais encore des cauchemars. Il y a des viols, des agressions. Mais on ne dit rien, on s’arrange pour montrer qu’on sait gérer.

Carole, Prostitution et Société n°181.

On se signalait les hommes dangereux.

On avait toutes nos numéros de téléphone, on se signalait les hommes dangereux, on partait ensemble quand la nuit tombait. On faisait des détours pour rentrer chez nous, pour ne pas risquer d’être rackettéees. J’ai gardé le réflexe de tout fermer à clé, la maison, la voiture. D’avoir l’œil sur le rétroviseur, toujours.

Marion, Prostitution et Société n°177.

  • Avec elles, il n’y a pas de tromperie.
    Michel Polnareff

J’avais une stratégie pour neutraliser l’acte au maximum.

Moi j’avais une stratégie pour neutraliser l’acte au maximum, pour faire en sorte de ne pas m’en souvenir. J’effectuais le même acte basique avec chaque client. Je m’arrangeais pour ne rien donner de plus.

Carole, Prostitution et Société n°181.

Certains pensent même qu’on a du plaisir !

Je suis sans illusion sur ces hommes. Il y a des prédateurs. Ils se disent que le client est roi. Ils sont prêts à tout pour ne pas payer. Il y a ceux qui oublient leur portefeuille, ceux qui me menacent de chantage. Certains pensent même qu’on a du plaisir !

Julie, Prostitution et société numéro 175.

La prostitution, c’est un gigantesque mensonge.

Les clients, ils mentent, ils s’inventent un monde. La prostitution, c’est un gigantesque mensonge ; la prostituée ment, le client ment. L’ouvrier devient patron, le mari célibataire. On a envie de leur dire que ce sont des abrutis mais on est obligée de leur faire des compliments. De devoir supporter ces types, ça me prenait aux tripes. J’aurais pu en tuer un. Je me voyais avec un couteau.

Rosen Hicher, survivante de la prostitution, Prostitution et Société n°176.

Il fallait jouer la comédie.

En fait, les clients, je m’ennuyais terriblement avec eux. Ils étaient chiants. Une vraie corvée. Au lit, il fallait s’adapter et jouer la comédie. Je me souviens de ceux qui me disaient : "ça t’a plu ?" alors que j’étais restée comme une planche.

Sonia, Prostitution et Société n°180.

  • C’est bien sous tous les plans.
    Michel Polnareff

C’est une forme de mort.

Pour se prostituer, il faut un état de concentration très particulier. Je prends des pétards, éventuellement des médicaments, des calmants. Faire ça, c’est être dans l’abandon d’une partie de soi ; c’est une forme de mort. Un jour un homme m’a dit : "Tu peux te dissocier".

Julie, Prostitution et société numéro 175.

C’était horrible.

Les clients ne me plaisaient pas du tout. C’étaient des hétéros, des types divorcés, bisexuels ou homosexuels refoulés ; des vieux dégueulasses, des hommes vulgaires, des paumés. C’était horrible : leur regard méprisant quand ils donnaient l’argent, leur air satisfait.

Marc, Prostitution et Société n°182.

  • Il fallait rehausser le drapeau de ma virilité.
    Michel Polnareff

Un affront à leur virilité.

Certains vous regardent comme du bétail en vous examinant les dents, en vous tâtant les fesses… Plus encore, certains refusent le préservatif qu’ils jugent comme un affront à leur virilité.

T., Prostitution et Société n°163.


Citations en miroir

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