dernière mise à jour ¬ 22/05/17 | lundi 22 mai 2017 | je m'abonne | sommaires

Amsterdam tiendrait-il enfin le bordel idéal ?

mai 2017, par Claudine Legardinier

Baptisé « bordel municipal » par les habitants d’Amsterdam, ce nouveau lieu aux chambres « colorées » sera directement géré par les « travailleurs du sexe ». Initiative de la municipalité, l’ouverture le 16 mai 2017 de ces 14 vitrines dans le quartier De Wallen est médiatisée comme le nouveau modèle qui doit « servir d’exemple au reste de l’Europe » : « un rêve devenu réalité », rien que ça !

Equipé de deux entrées, une discrète et une assez large pour accueillir les fauteuils roulants, le tout nouveau bordel abrite une quarantaine de prostituées qui décident elles-mêmes des horaires, des tarifs et même de la décoration des chambres. Tout est fait pour leur bien-être : salon pour boire ensemble le thé, cours de massages et de comptabilité. Pour parfaire le tout, les bénéfices des loyers, à prix attractifs, ne seront réinvestis que pour l’amélioration de leur statut.

Amsterdam affirme ainsi ouvrir le premier « sex business » dirigé par des « travailleuses et travailleurs du sexe »… Depuis 2015, la municipalité a tout fait pour rendre possible cette ouverture. Elle a convaincu la Start Foundation et la Rabobank d’apporter le capital de départ, et le service de santé et d’aide sociale HVO-Querido de fournir un soutien.

Pour devenir membre de l’équipe dirigeante, il est demandé d’avoir un « background » dans le « sex work ». « My Red Light », fondation à l’origine de l’initiative, a pour l’occasion créé un site Internet au langage entrepreneurial sans le moindre accroc. Tout le discours est construit autour de l’émancipation et l’indépendance des prostituées, et de l’amélioration de leurs « conditions de travail ». Comme toujours le bien-être des personnes prostituées est hissé comme un étendard.

Amsterdam fait ainsi sa énième tentative pour assainir un « marché » de nature toxique, dont l’expérience a montré qu’il est systématiquement repris par les proxénètes et les trafiquants. La légalisation adoptée en 2000, et qui offrait un statut en or aux « managers du sexe », était déjà censée faire le ménage. On en connaît le bilan, une explosion des bordels illégaux et de la traite. La municipalité a d’ailleurs tenté de colmater les brèches dès 2007 en fermant de nombreuses vitrines du quartier rouge.

Nous nous permettrons donc de douter de la durabilité du dernier bordel idéal… En attendant, la coloration d’autogestion servira de vitrine attrayante pour rafraichir une image ternie. Et il donnera un nouveau signal aux clients prostitueurs, plus déculpabilisés que jamais. L’essentiel n’est-il pas de faire marcher le commerce ?


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