dernière mise à jour ¬ 11/05/20 | lundi 11 mai 2020 | je m'abonne | sommaires

Québec : un droit fondamental, celui des prédateurs sexuels ?

mars 2020, par Claudine Legardinier

Au Québec, Marylène Lévesque a payé de sa vie le fait que les « pulsions sexuelles incontrôlables » des hommes, même criminels, l’emportent sur le devoir de protéger des femmes de la violence, du viol et du meurtre. Faut-il vraiment commenter ?

Marylène Lévesque avait 22 ans. Elle a été assassinée dans une chambre d’hôtel où elle recevait des « clients », à Sainte Foy, un quartier de la ville de Québec, le 22 janvier 2020. Poignardée à l’arme blanche. Un fait divers de plus ? Non, l’expression crue de la société profondément patriarcale qui sévit encore au 21ème siècle, l’aveu de la prééminence absolue donnée au droit sexuel masculin.
Car Eustachio Gallese, 51 ans, condamné a perpétuité en 2006 pour avoir assassiné son épouse à coups de marteau, avait été placé en liberté conditionnelle avant la date minimale prévue (2021) alors qu’il était considéré comme dangereux. Mais ce n’est pas le pire. Apparemment animé d’encombrantes « pulsions », il aurait obtenu de la Commission des libérations conditionnelles un passe-droit pour assouvir des « besoins irrépressibles ».
Un rapport de cette commission fait en effet état d’une « stratégie » pour permettre à cet homme de pouvoir rencontrer des femmes « mais seulement afin de répondre à [ses] besoins sexuels » ! En clair, les autorités judiciaires, qui ont exprimé leur inquiétude de le voir approcher des partenaires féminines, l’auraient autorisé à rendre visite à des... « prostituées ».
On a bien lu. Dans un pays, le Québec, où la loi interdit désormais, comme en Suède et en France, le recours au sexe tarifé, la justice elle-même aurait renié ses propres lois pour prétendre satisfaire les exigences sexuelles d’un détenu particulièrement dangereux.

Les femmes prostituées, pas des femmes ?

Comment mieux dire que lesdites exigences sont au-dessus des lois ? Que la vie des femmes, que leurs propres exigences de dignité et de
sécurité, ne pèsent rien face à elles ?

Cette affaire révèle à quel point les pires stéréotypes restent vivaces. Les femmes dites prostituées ne sont pas des femmes ; mais des êtres abstraits, de pures enveloppes dont le corps serait insensible et le psychisme inexistant. Elles seraient donc à même de subir les assauts de ceux que la société appelle des « détraqués ». Quitte à en mourir.

Naturellement, les mouvements pro prostitution se sont emparés de cette affaire pour déplorer la loi abolitionniste actuelle et prôner « un environnement contrôlé ». Sans doute n’ont-ils pas osé se féliciter de voir cette loi piétinée par des représentants de l’État, situation qui devrait pourtant les satisfaire... Quant au gouvernement fédéral, il a annoncé la tenue d’une enquête sur les motifs ayant permis à Eustachio Gallese d’avoir recours aux services de « travailleuses du sexe », selon le terme consacré.


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