dernière mise à jour ¬ 29/10/18 | lundi 29 octobre 2018 | je m'abonne | sommaires

Nevada : les bordels légaux remis en question ?

octobre 2018, par Claudine Legardinier

Le débat sur l’interdiction des bordels légaux s’enflamme au Nevada. Des pétitions ont permis de mettre la question à l’ordre du jour au point qu’un référendum sera organisé dans le comté de Lyon lors des élections de novembre 2018.

17 octobre : On a appris la mort le 16 octobre de Dennis Hof, qui se présentait aux élections de Novembre. Il était âgé de 72 ans et incarnait les proxénètes légaux. Pour en savoir plus, l’analyse de Meghan Murphy, féministe radicale américaine : https://www.feministcurrent.com/2018/10/16/dennis-hof-dead-legacy-lives-advocate-legalize-prostitution/

Seul état américain où la prostitution est autorisée, du moins dans certaines zones rurales, le Nevada est inséparable d’une image dont Las Vegas est le fleuron : casinos, alcools, « filles ». La culture du bordel y est ancrée depuis le temps des chercheurs d’or dans les années 1860. Certains ont donc été légalisés en 1971 dans les deux comtés désertiques de Nye et Lyon, comme le Mustang Ranch près de Reno, à la différence de Las Vegas où elle demeure, en théorie, interdite.
Selon le Guardian, dans les années 1980, 35 « cathouses » (bordels) accueillaient les mineurs et autres camionneurs. Aujourd’hui, en partie du fait des offres de prostitution par Internet, ils ne sont plus que 18 dont 12 sont dirigés par Dennis Hof, 71 ans, star de télé réalité et heureux lauréat d’une primaire républicaine en juin 2018.

Proxénète légal, l’homme qui défend aussi le port des armes à feu, se présente lui-même comme le « Trump de Pahrump », du nom de sa bourgade. Comme Trump, il se vante d’aimer les « hot girls » ( filles chaudes) et d’écrire des livres, ses mémoires s’intitulant The Art of the Pimp, l’art du maquereau, allusion au best-seller de son modèle, The Art
of the Deal
(l’art de la négociation). Comme Trump, il a été accusé d’agressions sexuelles mais n’a jamais été inculpé. Le Las Vegas Review Journal a ainsi rapporté des accusations portées par d’anciennes pensionnaires mais les faits sont prescrits.
Rien ne semblait devoir remettre en cause ce paysage libertaire d’autant plus que les Chicken Ranch et autres Bunny Ranch sont devenus d’importants atouts touristiques. Pourtant, des associations anti-traite, des juristes et des pasteurs se sont unis pour lancer au printemps 2018 des pétitions afin d’obtenir l’interdiction des bordels légaux dans les deux comtés de Nye et Lyon.
Des campagnes ont été initiées, comme « No little girl Campaign » : sa co-fondatrice, Kimberly Mull, une survivante, rapporte les cas de femmes sortant de ces bordels légaux « violées, étranglées, abusées, traquées ». Brenda Simpson, de l’ONG End Trafficking and Prostitution Political Action Committee, dénonce de son côté le marché aux esclaves qu’est la prostitution, inséparable de la traite des femmes. Elle a lancé une campagne intitulée « Close meat market » (stop au marché de la viande) qui montre des jeunes femmes emballées dans de la cellophane comme des morceaux de poulet. Et nombreuses sont les activistes qui soulèvent le nombre intolérable des violences contre les femmes commises dans le pays. Une enquête de la police de 2016 plaçait le Nevada au troisième rang (sur dix) pour le nombre de femmes assassinées par des hommes.]
Enfin, d’autres arguments sont avancés, notamment le fait que l’existence des bordels dissuade les entreprises hi-tech de s’installer dans la région.
Dans le comté de Lyon, les pétitions ont atteint le nombre de signatures escompté. La question de l’interdiction sera donc posée aux citoyens lors des élections de mi mandat de novembre. Dans le passé, tous les efforts faits pour bannir la prostitutiondu Nevada, par exemple un réferendum en 2004, ont échoué. Dennis Hof, persuadé d’être un « winner » sur le modèle de son héros, Donald Trump, fanfaronne donc et clame que tous ces nouveaux efforts seront vains. Pendant ce temps, les activistes espèrent l’emporter et entraîner dans les autres comtés un effet domino.

Photo DR Affiche électorale de Dennis Hof "On ne peut pas m’acheter"


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