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HI TECH : un univers de harceleurs et de prostitueurs ?

janvier 2018, par Claudine Legardinier

La Silicon Valley a vu en 2017 son image de haut lieu du progrès technologique ternie par les révélations des nombreuses femmes victimes de harcèlement sexuel. On ne s’étonne donc pas aujourd’hui d’apprendre que de prestigieuses entreprises de la « tech » comme Amazon ou Microsoft, entre autres, comptent aussi parmi leurs personnels des « clients » assidus des réseaux de prostitution. Une nouvelle preuve que harceleurs et prostitueurs partagent la même culture de mépris des femmes, vues comme des proies sexuelles à conquérir ou à consommer.

Moins nombreuses, moins payées, traitées comme des éléments de distraction ou de décoration ; le sort des femmes de la Silicon Valley, dans la baie de San Francisco, face à une élite d’hommes blancs et « importants », est maintenant connu. Depuis 2017 notamment, dans le sillage du mouvement #metoo, certaines ont dénoncé le harcèlement sexuel dont elles sont victimes, entrainant quelques fracassantes démissions parmi des dirigeants restés longtemps intouchables. La presse a alors titré sur le « sexisme » omniprésent, la « culture machiste toxique », « l’hostilité » de tels lieux de travail à l’égard des femmes. Monde hyper masculin, usage de l’alcool et des formules salaces, embauche de « mannequins d’atmosphère et d’ambiance » priées de venir en mini-short pour égayer les fêtes… La « modernité » du milieu apparaît pour ce qu’elle est : un repaire d’hommes aux comportements moyenâgeux.

Et voilà qu’en décembre 2017,Newsweek révèle un nouveau pan, au secret encore mieux gardé, de cette culture machiste : le recours intensif de nombre d’employés et de dirigeants à des réseaux de prostitution, ce qui serait resté secret si aux Etats Unis la prostitution n’était illégale1.

Entreprises de la tech et réseaux de prostitution : l’explosion

L’hebdomadaire a récupéré des centaines d’e-mails échangés depuis 2015 entre ses employés d’Amazon et Microsoft et les réseaux de prostitution de Seattle. Selon les autorités, les femmes utilisées sont surtout des asiatiques, principalement sud coréennes et thaïlandaises, ne parlant pas anglais et recrutées mineures. Sous la coupe de réseaux, elles craignent pour la sécurité de leur famille et sont contraintes de subir cinq à quinze hommes pour jour pour rembourser leur dette. Quant à leurs clients, ils abusent, sur les sites comparatifs, de commentaires sur leurs « services » ; un matériau qui permet à l’hebdomadaire américain de conclure au mieux « à leur manque de compassion », au pire à leur « mépris généralisé pour les femmes".

C’est tout le monde de la haute technologie qu’égratigne l’enquête de Newsweek. Elle cite ainsi une étude du ministère de la Justice révélant que l’industrie du sexe croît plus vite à Seattle, où se sont installées mille sociétés de haute technologie, que dans le reste du pays. Elle aurait ainsi doublé entre 2005 et 2012, parallèlement à leur implantation et aux salaires élevés de leurs employés. Selon Newsweek, il existerait un véritable "nid d’amateurs de prostituées" dans les entreprises technologiques, où les hommes sont surreprésentés et passent de longues heures devant leur ordinateur. Certaines agences de prostitution soulignent d’ailleurs dans leurs publicités leur proximité avec le siège de Microsoft.

Parmi ces « amateurs », des cadres dépenseraient jusqu’à 50 000 dollars (40 000 euros) par an pour se payer leurs services. Selon le magazine, ils pourraient devenir de véritables proxénètes en recommandant certaines femmes et en organisant des rencontres pour d’autres clients.

En mars 2018, un directeur d’Amazon et un autre de Microsoft doivent être jugés. Une fois de plus, l’image de ces grandes entreprises est écornée. On se souvient de l’arrestation, en octobre 2016, de Carl Ferrer, PDG du site de petites annonces en ligne mondialementconnu Backpage.com, pour traite des mineur.es.


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