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Sénat : Un vote réac et déshonorant

mars 2015

France, le monde te regarde, disait une pancarte de la manifestation abolitionniste de novembre 2013 à Paris. Au lendemain du vote machiste du Sénat, le 30 mars 2015, la France a honte. Délit de racolage rétabli, "clients" impunis… Seize mois de travail pour en arriver là. Seule consolation, la lutte courageuse d’une poignée de sénatrices et de sénateurs qui ont sauvé l’honneur.

Un retour en arrière de dix ans : voilà le bilan du vote du Sénat après des mois d’attente. Les personnes prostituées, dont il a été dit et redit qu’elles étaient des victimes de violences et des personnes en situation dramatique, se retrouvent donc à nouveau livrées à la répression policière. Les "clients" prostitueurs, dont les débats ont montré qu’ils sont les principaux moteurs d’un système qui s’appuie sur la violence et la traite, sortent tête haute de l’hémicycle. Sûrs de leur impunité. Ainsi, dans l’une des plus hautes instances de la République, la forte présence masculine (et la moyenne d’âge ?) ont réussi à sauver – pour un temps que l’on espère court – les ruines du vieux monde. Rappelons que le 8 juillet 2014 en commission spéciale, 75% des sénateurs ayant voté pour la pénalisation des clients étaient des femmes alors que 75% des sénateurs ayant voté contre étaient des hommes…

Le vote du 30 mars, après des débats qui se sont poursuivis de 16h à minuit, s’est donc soldé sur 162 voix contre 161 pour maintenir la pénalisation du racolage passif, réintroduite par un amendement de l’UMP ; 189 voix contre 107 pour le rejet de celle des "clients". La loi ainsi mutilée a été votée par 165 voix contre 44 (124 abstentions).

Heureusement, les discours des sénatrices abolitionnistes auront marqué les débats et ringardisé ceux qui s’arcboutent sur le statu quo. Laurence Cohen (CRC), Chantal Jouanno (UDI), Michelle Meunier, Claudine Lepage, Maryvonne Blondin (PS) et plusieurs de leurs collègues CRC et socialistes auront été ces voix fortes et claires que l’Histoire retiendra très prochainement pour reprendre les mots du Mouvement du Nid dans un communiqué [1] . Elles ont pu compter sur le soutien et la détermination de la Secrétaire d’Etat aux droits des Femmes, Pascale Boistard, mais aussi de plusieurs sénateurs, dont Roland Courteau et Philippe Kaltenbach, qui se sont honorés par leur mobilisation contre l’exploitation des plus vulnérables par des hommes qui, sous prétexte qu’ils ont payé, pensent avoir tous les droits.

Pascale Boistard a conclu en résumant en une formule ce vote calamiteux : Prostituées pénalisées, clients rois. Mais loin de baisser les bras, elle a promis de tout faire pour que la loi revienne au plus vite à l’Assemblée Nationale. Il est urgent, en effet, d’agir pour les dizaines de milliers de victimes de la prostitution qui attendent d’être enfin reconnues comme telles et soutenues dans leurs efforts de reconstruction et d’accès aux droits. Les abolitionnistes n’ont pas dit leur dernier mot.

Notes

[1Le Mouvement du Nid, association de soutien aux personnes prostituées, est l’éditeur de ce site et de la revue Prostitution et Société.


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