dernière mise à jour ¬ 13/12/17 | mercredi 13 décembre 2017 | je m'abonne | sommaires

Clients de prostituées mineures

Un réflexe, faire des victimes les coupables.

décembre 2017, par Claudine Legardinier

18 mois de prison avec sursis, 24 mois dont 12 avec sursis. Le 1er décembre 2017, le jugement du tribunal correctionnel d’Alès a été prononcé à l’encontre de deux hommes accusés d’avoir été « clients » de deux jeunes filles prostituées de 15 et 16 ans. La défense a bien entendu tenté de faire peser les responsabilités et les fautes sur les victimes.

Sans surprise, le seul accusé à s’être déplacé au tribunal a fait valoir que les rencontres avaient lieu dans des endroits sombres et que le jeune âge des « prostituées » lui avait échappé, ainsi que le fait que l’une d’entre elles portait encore un appareil dentaire.

L’éternelle thèse du « je ne savais pas » a donc une nouvelle fois été brandie devant les juges. Il est vrai qu’elle a souvent permis aux prévenus de se tirer d’affaire (1)… Son avocate a renchéri en insistant sur le fait qu’il avait été trompé par les jeunes filles, décrites comme des menteuses et des manipulatrices. Selon les termes du journal Objectif Gard, Maître Sylvie Josserand aurait déclaré : « Ce ne sont pas de pauvres mineures vulnérables qu’il faut protéger. Elles sont déjà gangrénées par le vice. Ce sont des professionnelles de la triche. » « Gangrénées par le vice » ? Ne serait-ce pas plutôt par un abandon et des conditions de vie désastreuses au point de les avoir amenées à la prostitution de si jeune âge ?

Le représentant du ministère public, Sébastien Sider, aurait heureusement déclaré que « la défense qui consiste à dire qu’on ne savait pas qu’elles étaient mineures ne tient pas ». Il aurait aussi souligné l’absence totale de regret du prévenu. Ce type de procès étant très rare, on peut estimer que le jugement est donc relativement lourd. Même s’il faut rappeler que les faits sont – théoriquement – passibles de 3 à 7 ans de prison et de 45.000 à 100.000 € d’amende. Les deux hommes vont également être inscrits au fichier des auteurs d’infractions sexuelles.

Les mots ne sont pas neutres

Cette affaire, mais aussi la façon dont elle est relatée dans la presse, appelle quelques remarques. Les mots employés ne sont pas neutres. Par exemple, faut-il vraiment, comme l’auteur de l’article d’Objectif Gard, pousser la confusion jusqu’à présenter deux gamines de 15 et 16 ans comme « deux jeunes femmes », leur attribuant ainsi une responsabilité majeure ? Faut-il titrer de manière désinvolte « Les adolescentes n’ont pas assez d’argent de poche, elles se prostituent » ? Message sous-jacent : les victimes sont donc les coupables ; coupables de frivolité et pour tout dire de vice. Pas un mot dans le titre ne concerne les accusés dont le procès est pourtant bien l’objet de l’article.

Les propos de l’avocate comme la présentation des faits par un organe de presse rappellent l’urgence de former l’ensemble des acteurs sociaux. Ces jeunes filles sont définitivement des personnes en danger. Plus encore du fait de leur jeune âge. La loi est pourtant claire : « Tout mineur qui se livre à la prostitution, même occasionnellement, est réputé en danger et relève de la protection du juge des enfants au titre de la procédure d’assistance éducative ». Ce dont ces jeunes filles ont besoin, ce n’est pas du mépris et de l’opprobre ; c’est d’écoute, d’attention et de tous les outils nécessaires pour se reconstruire. On voit une nouvelle fois que les mentalités peinent à se dégager du réflexe qui voit « la prostituée », et d’une manière générale « la femme », comme « la vicieuse » et « la tentatrice » qui trompe les pauvres hommes pour les attirer dans ses filets. Le 19e siècle, hélas, n’a toujours pas dit son dernier mot.

P.-S.

(1) - On se souvient entre autres des footballeurs Ribéry et Benzéma, acquittés dans « l’affaire Zahia ».


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