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COVID-19 : ne laisser personne sous le seuil de pauvreté, pendant et après l’épidémie

avril 2020, par Claudine Legardinier

La crise sanitaire due au covid 19 a révélé crûment la précarité, l’isolement et la détresse des personnes prostituées. A l’initiative du Mouvement du Nid, 27 associations ont proposé au gouvernement d’apporter une réponse massive et ambitieuse pour gérer l’urgence mais aussi pour préparer l’avenir. La secrétaire d’Etat Marlène Schiappa a répondu favorablement le 15 avril sur une partie des revendications, qui concerne les commissions départementales d’urgence.

Photo : distribution d’aide d’urgence par l’antenne du Mouvement du Nid Martinique

Depuis le début de la crise, les centaines de bénévoles et les salarié·es qui composent les 26 délégations du Mouvement du Nid sont mobilisées quotidiennement pour soutenir les personnes prostituées : tickets-repas, aide pour les produits de première nécessité, hébergements d’urgence mais aussi soutien psychologique de chaque instant, notamment grâce aux liens téléphoniques.
Ces actions, indispensables, doivent être complétées par des mesures politiques fortes et durables pour faire face à l’ampleur des détresses, qu’elles soient dues au coronavirus ou plus largement à des situations de perpétuelle précarité.

C’est pourquoi le Mouvement du Nid a pris l’initiative de faire des propositions de fond. Certes, les appels à constituer des cagnottes et autres bricolages d’urgence, largement relayés par les médias, ne sont pas inutiles. Mais comment s’en contenter ? Appuyé par de nombreux signataires comme Osez le féminisme ! ou le Collectif Féministe contre le Viol (voir l’ensemble des signataires ici) mais aussi par des survivantes de la prostitution, il a donc adressé au Président de la République, au Premier Ministre et à la Secrétaire d’Etat en charge de l’Egalité femmes hommes une lettre ouverte présentant des propositions ambitieuses, qui tentent de voir plus loin que la pandémie.

3 garanties "droits et dignité"
Il demande une politique universelle, pour l’ensemble des personnes vulnérables, y compris celles qui sont en situation de prostitution (étrangères ou non), qui allie revalorisation du droit commun et dispositifs d’urgence. Ce plan d’aide repose sur trois garanties « droit et dignité » : le droit immédiat à un logement, à des ressources financières, et le droit au séjour pour les personnes étrangères, pendant la crise et au-delà. Trois outils à même de ne laisser personne en dessous du seuil de pauvreté.

Les signataires suggèrent pour commencer que les commissions départementales de lutte contre la prostitution, le proxénétisme et la traite des êtres humains soient réunies en urgence, de façon dématérialisée, afin de réaliser un état des lieux et des ressources disponibles.
A l’heure où les médias relaient un discours sans recul axé sur « les travailleuses du sexe », où nombre d’associations se contentent de vouloir « soutenir la profession » (profitant ainsi du contexte pour faire avancer leur projet de normalisation de la prostitution), les signataires rappellent que cette activité est reconnue en France comme une violence faite aux femmes.

Prévenir le risque prostitutionnel pour l’après-COVID
Elles soulignent que la quasi totalité des revenus des personnes prostituées étrangères est confisquée par les proxénètes et les réseaux de traite. Elles n’ont donc pas de revenus légaux à présenter pour établir un éventuel « revenu de remplacement » mais elles n’avaient pas de revenus propres avant même la crise sanitaire !
Conscientes que la situation actuelle, en aggravant la précarité, ne peut que favoriser à moyen terme la montée du recours à la prostitution, les signataires expriment l’urgence de prévenir ce risque autant que d’offrir des tremplins permettant d’en sortir. Elles demandent donc au gouvernement d’accélérer la mise en place du volet social de la loi de 2016 visant à renforcer la lutte contre le système prostitutionnel et à accompagner les personnes prostituées.

Le 15 avril, la secrétaire d’Etat Marlène Schiappa leur a adressé sa réponse, qu’elle a accompagnée d’un courrier aux délégations aux droits des femmes. Rappelant notamment les décisions déjà prises (prolongation automatique de l’AFIS pour 6 mois et des autorisations de séjour pour 3 mois), elle exprime sa volonté de réunir en urgence les commissions départementales ainsi que le demandent les associations et reprend l’ensemble de leurs demandes en ce sens afin de « soutenir plus concrètement les personnes en situation de prostitution ». Elle reprend entre autres l’idée d’examiner des parcours de sortie de prostitution d’urgence permettant l’accès à un hébergement, à une APS et à l’AFIS, et de prévoir leur mise en œuvre pérenne après la crise. Elle rappelle au passage son engagement « dans la lutte contre le système prostitueur et la traite des êtres humains » et sa « détermination » à poursuivre le partenariat « dans ce combat essentiel au droit des femmes ».

Le Mouvement du Nid a salue ces premières avancées et réitéré ses autres demandes pour que personne ne soit laissé sous le seuil de pauvreté.

Lire la lettre adressée au Président de la République, au Premier ministre et à la secrétaire d’Etat à l’égalité femmes hommes


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