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Machine arrière en Italie : vers un retour à la réglementation ?

juillet 2015, par Enora Bertin

A reculons d’une tendance plus favorable au modèle abolitionniste qui se fortifie dans l’Union européenne [1], l’Italie envisage de déréglémenter proxénétisme et maisons closes.

Depuis quelques mois, l’Italie examine un projet
de loi sur la prostitution, dit Spilabotte. Le texte en discussion
prévoit diverses mesures, telles que la constitution de zones
dévolues à la prostitution, avec paiement de taxes par les
personnes prostituées qui s’y établissent – celles qui s’y refuseraient
s’exposant à des amendes. Des contrôles sanitaires
seraient obligatoires. Selon les défenseurs du projet, cela
permettrait un meilleur contrôle de la situation.

Si le projet Spilabotte était adopté, ce serait en rupture avec
le modèle d’inspiration abolitionniste en vigueur en Italie
depuis la loi Merlin (1958). Cette loi interdit la réglementation
de la prostitution et a conduit à la fermeture des maisons
closes. Mais les débats n’ont jamais cessé sur la nécessité ou
non de réglementer. Le maire de Rome, Ignazio Marino, a
d’ailleurs annoncé en avril 2015 son intention d’ouvrir un
« quartier rouge » dans sa ville, hors des limites duquel les
personnes prostituées seraient verbalisées.

Ce changement de cap dans les politiques publiques
s’explique par un nouveau contexte. Les frasques de Silvio
Berlusconi et la récente intégration de la prostitution au PIB
italien ont sans doute motivé ce revirement de situation, tout
comme l’articulation récente de la question avec le sujet de
l’immigration – la majorité des personnes prostituées étant
étrangères.

Afin de contrer ce projet, deux associations italiennes,
Resistenza femminista et Iroko, et une association internationale,
Equality Now (Égalité maintenant) se sont alliées
et ont lancé une pétition. Ces associations travaillent pour la promotion
des droits des femmes, luttent contre le système prostitueur,
combattent les discriminations et accueillent également les
victimes de traite. Leur pétition rassemble déjà les signatures
d’une soixantaine de personnalités et de près de 80 associations
italiennes et internationales agissant dans le domaine de
la lutte contre les violences faites aux femmes.

Alors que se profile une nouvelle étape dans le procès
pour prostitution sur mineure impliquant Berlusconi (l’affaire
« Rubygate ») , il leur faudra plus que jamais s’armer de patience
et de détermination pour ne pas laisser leur pays effectuer en
matière de prostitution un retour en arrière sans précédent.

P.-S.

Cet article est paru dans le numéro 185 de notre revue, Prostitution et Société. Pour nous soutenir et nous permettre de continuer à paraître, abonnez-vous !


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