dernière mise à jour ¬ 15/05/18 | mardi 15 mai 2018 | je m'abonne | sommaires

La Suisse en quête de prostitution "éthique"…

février 2018, par Pauline Jeanne

Le canton de Fribourg lance une charte rappelant les principes de dignité, de santé et de sécurité que devrait garantir la prostitution "libre", telle qu’elle est définie par la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne. On en déduit, sans surprise, que ces principes sont piétinés dans les bordels suisses, pourtant présentés comme exemplaires. Un nouveau coup d’épée dans l’eau, comme les aiment les pays réglementaristes.

Une charte éthique a été présentée en février 2018 aux tenanciers du canton de Fribourg ; pardon, aux responsables d’établissements de prostitution. En cinq langues, elle vient leur rappeler des principes de base. La prostitution est considérée comme libre si elle est exercée hors de tout lien de subordination ; la rémunération doit être intégralement versée aux travailleurs et travailleuses du sexe qui doivent avoir le droit de refuser une prestation ; les rapports doivent être protégés et rien ne doit constituer une incitation à l’alcool ou à la consommation de stupéfiants ; toute mise en danger ou tentative de contrainte doit être expressément dénoncée.

Comment mieux dire que ces fameux principes sont foulés aux pieds par les tenanciers en question ? Et que ce catalogue d’interdits est précisément ce qui fait l’ADN de la prostitution ? Qui croit sérieusement que les cabarets vont passer au jus d’orange ? Que le préservatif va être systématiquement sorti du sachet alors que règne la concurrence la plus impitoyable ? Que les tenanciers vont payer rubis sur l’ongle les femmes qu’ils exploitent sans états d’âme ?

Il est piquant de voir un pays qui se félicite d’être libéral en matière de prostitution faire des recommandations qui sont la preuve même de l’échec de sa politique. Ce simple sursaut de bonne conscience en rappelle d’autres : lors de l’Euro 2008, des cartes se contentaient d’inviter les supporters à se comporter de façon responsable vis-à-vis des femmes prostituées, c’est-à-dire à se laver, dire bonjour et ne pas arriver ivre mort…

Ce nouveau et subit souci "éthique" ne suffira pas à masquer l’absence du moindre signe politique face aux atteintes aux droits humains qui constituent le fond de commerce des établissements de prostitution. Une fois la charte affichée au mur, leur commerce impitoyable – et lucratif - va continuer comme avant.

P.-S.

Source : LeMatin, 12/02/18, Canton de Fribourg. Une charte éthique encadre désormais la prostitution.

Illustration : Ángel Anastasio Fernández pour Quanto Project.


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