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Grande-Bretagne : la régression en marche

février 2016, par Pauline Jeanne

La municipalité de Leeds n’a rien trouvé de mieux que d’officialiser un quartier réservé pour la prostitution de rue (à l’origine une simple expérience pilote de douze mois), créant ainsi le premier Red light district de Grande Bretagne, sur le modèle de celui d’Amsterdam.

On est d’autant plus effaré que cette décision tient lieu de "solution" suite au meurtre d’une jeune femme prostituée de 21 ans par un de ses "clients", précisément dans cette zone ! Ainsi, dans l’esprit des édiles, assurer la sécurité des travailleuses du sexe, pour reprendre leur terminologie, reviendrait d’abord à garantir encore plus de liberté aux "clients" et aux proxénètes qui les exploitent. De 7h du soir à 7h du matin, les femmes vulnérables et victimes de la traite sont donc désormais offertes en pâture aux "acheteurs" et aux agresseurs (que la nouvelle va attirer), avec la bénédiction des autorités.

Comme le souligne Taina Bien Aimé, survivante de la prostitution et directrice de la CATW, Coalition Against Trafficking of Women, qui parle d’une solution cruelle, on se demande si les édiles dormaient pour tout ignorer des débats qui ont nourri la réflexion sur le sujet. Ont-ils jamais entendu parler des travaux de la députée britannique Mary Honeyball qui ont abouti à un vote éclatant du Parlement Européen en 2014 en faveur de la criminalisation des premiers responsables de ce « marché » pour trafiquants, les "clients" ?

Sont-ils sourds pour ne pas avoir entendu parler des conséquences désastreuses, en matière de criminalité notamment, des politiques libérales menées en Allemagne et aux Pays-Bas ?

Si la municipalité de Leeds avait travaillé sérieusement sur le dossier au lieu d’adhérer aux pires poncifs sur la prostitution en vantant l’inévitable « approche pragmatique », elle pourrait s’aviser du fait que pas une seule personne prostituée n’a été assassinée en Suède, où la loi pénalise depuis 16 ans le client prostitueur, alors que les meurtres, le plus souvent par ces mêmes "clients", sont monnaie courante dans les pays qui, dans le même temps, leur ont donné carte blanche.

Les opposants à la création du quartier rouge font entendre leur voix de toutes parts : entreprises, résidents, féministes… Une controverse que nous ne manquerons pas de suivre de près.

P.-S.

Image : Quanto Project, Charles Lefrancq.


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