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Allemagne

Et maintenant, les bordels 3 étoiles !

septembre 2017, par Claudine Legardinier

« Plus de transparence, de qualité et de services »… Selon VSD, « les maisons closes d’outre-Rhin veulent améliorer leur image avec un nouveau label ». Encore une étape dans l’ascension des proxénètes européens. Les femmes offertes en libre service pourront dire merci : elles gardent le droit d’appeler librement au secours.

Selon l’hebdomadaire, pour obtenir un label, les établissements devront remplir les règles légales : « statut de travail libéral pour les employées, environnement de travail et hygiène correcte ». Toutefois, pour couper court aux scrupules des rabat-joie pour qui le recrutement prostitutionnel est un job de trafiquants et certains clients des agresseurs notoires, les chambres seront équipées d’alarmes et les portes de judas permettant de vérifier ce qui se passe à l’intérieur.

En résumé, dans ces établissements chic et étoilés, les « employées » devront avant toute chose pouvoir appeler au secours et les vigiles tatoués enfoncer les portes. Une nouvelle preuve, la mille six centième au moins, de la sécurité et du glamour qui entourent une activité de « service » que veulent promouvoir les business proxénètes allemands, par l’intermédiaire de l’Association allemande des maisons closes (BSD).

24 bordels auraient déjà obtenu leur label. Dans l’élan, le BSD lance l’idée de « super bordels » qui pourront bénéficier d’une classification sur le modèle hôtelier. A la place des étoiles, seront accordées des couronnes en fonction de la « qualité des services » : restauration, espaces VIP, organisation d’événements… En la matière, pas d’inquiétude : l’imagination ne devrait pas connaître de limites.

Des business proxénètes aux abois, vraiment ?

Pourquoi cette agitation ? C’est que la réformette intervenue au cours de l’été 2017 inquiète les exploiteurs de femmes. Le gouvernement a fait mine de durcir la loi sur la prostitution en prenant plusieurs mesures qui n’ont pourtant rien de paniquant. Le port du préservatif est obligatoire pour les clients (on attend de voir comment on va s’y prendre pour en vérifier l’application). Les « travailleuses du sexe » sont tenues de déclarer leur activité et de se soumettre à une visite médicale (pas les clients, naturellement). Enfin, les patrons de bordel doivent demander une autorisation pour poursuivre leur activité ou ouvrir un nouvel établissement.

« Notre système va pousser les établissements à s’améliorer et rassurer les clients sur les conditions de travail et de sécurité », clame dans la presse Stephanie Klee, la directrice du BSD. Rassurer les clients, tout est là. Plus que jamais, ils pourront faire jouer la concurrence et poser les exigences les plus folles. Quel patron osera les leur refuser au risque de perdre une couronne ?

Endormir l’opinion et les autorités, ripoliner l’image, tel est donc le challenge pour une corporation qui entend continuer à remplir tranquillement ses caisses en attirant des hommes venus de toute l’Europe pour exploiter sexuellement des femmes, majoritairement étrangères, à qui la vie n’a laissé d’autre choix. Face à cette offensive proxénète, les voix abolitionnistes peinent encore à se faire entendre. Le mot « libéralisme », lui, prend en revanche tout son sel.


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